Silicon Valley – Critique

Critiques Séries TV
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Les geeks, les nerds, les anxieux, les angoissés (de la société), les dépressifs, les agoraphobes, les timides, les décalés : Silicon Valley a été créée pour vous.

Les séries sur les geeks sont souvent traitées avec humour, les personnages sont hyper clichés et moins complexes que la réalité. Les shows sont basés sur des adolescents ou des adultes qui n’arrivent pas à grandir. Le ton est souvent mielleux : histoires de cœur, gags, parfois on a même droit aux rires des « spectateurs » façon sitcom. En gros, les séries qui s’apparentent au sérieux de The Social Network ne courent pas les écrans. Mais heureusement, en 2014, Mike Judge, Dave Krinsky et John Altschuler ont changé tout ça.

Les sériephiles et cinéphiles doivent beaucoup à Mike Judge, notamment Beavis et Butt-Head que les plus vieux d’entre nous ont apprécié dans les années 90. Il est aussi à l’origine d’Idiocracy, et on peut aisément qualifier Mike Judge de visionnaire. L’auteur a également prêté sa voix au film South Park, il a participé aux vidéos de Jackass, le mec est super cool. Il s’est associé à John Altschuler (Les Rois du Patins) et Dave Krinsky (Beavis and Butt-Head) pour la création de Silicon Valley.

Parce qu’une série qui utilise le morceau You Suffer de Napalm Death vaut la peine qu’on se penche dessus. Le casting est super cool : Martin Starr qui était déjà excellent en ado dans Freaks and Geeks, on l’a vu chez Apatow, il est souvent casté pour jouer le geek. Il sera à l’affiche du prochain Spider-Man en 2019. Kumail Nanjinani qui a fait le buzz l’année dernière dans The Big Sick, le genre d’acteur que l’on aimerait voir un peu partout. T.J. Miller que l’on a vu dans Deadpool, il faisait aussi la voix du méchant I-R0K dans Ready Player One de Steven Spielberg. L’acteur sera une personnalité essentielle à la série. Et le personnage principal est campé par Thomas Middleditch, moins connu que les acteurs précédents mais il a le physique adéquat. Dès le premier épisode, on achète.

Cette liste est 100% masculine mais les personnages féminins, même si ils sont secondaires, tiennent une place importante. On est au moins à 3 galaxies des clichés rencontrés dans The Big Bang Theory. Pour Silicon Valley, les femmes ne sont pas des êtres destinés à la reproduction, forcément douces et sensibles. Comme dans la vie, elles sont humaines, elles peuvent être froides, méchantes et dangereuses. Et aussi (encore un truc que TBBT rejette) très intelligentes et jolies. Parce que ça existe. L’actrice Amanda Crew joue un rôle clé. D’ailleurs on l’avait vue dans Jobs de Danny Boyle. Dans Silicon Valley elle est peut-être un personnage secondaire mais sa présence est nécessaire. Intello, cool mais loin d’être parfaite, on voit bien qu’elle pourrait séduire n’importe quel geek mais les auteurs ne prennent pas cette direction. Et c’est tant mieux. Jamais filmée comme un objet, Monica Hall (Amanda Crew) est comme un mentor. Elle est respectée pour ses talents professionnels, elle est entourée de geeks qui n’ont pas l’habitude d’approcher des femmes comme elle mais ils se comportent avec elle comme si elle était un des leurs. Car ils sont évolués. C’est ce qu’on capte dès le début de la série, c’est aussi ce qui donne au spectateur l’envie de continuer à regarder. On sait qu’on va pas se taper des remarques ringardes et sexistes ou voir des mecs qui ne pensent qu’à pécho une gonzesse.

La Silicon Valley est un univers à part entière qui fascine le Monde. C’est un peu comme Dallas et les histoires de pétrole qui fascinaient nos parents. Les nouveaux rois de la planète sont plus jeunes et l’or noir sort directement de leur cerveau. Pas étonnant que des artistes comme David Fincher s’intéressent à ces petits génies. Et un peu comme dans Dallas, Silicon Valley ne regorge pas que de moments de gloire. La série fait pas mal dans la comédie, mais le drama vient gâcher nombre de beaux moments. C’est ce qui fait le charme du show. Il ne faut pas oublier que cette jolie Valley est aux USA et l’ambiance est à « marche ou crève ». Nos geeks vont sacrément bouffer la poussière.

Un gros point fort de la série est qu’elle sait surprendre et passer à autre chose. Ne pas se fier aux deux premières saisons qui peuvent donner une impression de réchauffé. Richard Hendricks lance son application avec ses potes : Pied Piper, un logiciel de compression inégalable. Ils vont galérer pour trouver un financement, parfois on les croit arrivés au bout et … Le palpitant ne s’enflamme pas pour des scènes d’action en extérieur avec des courses poursuites boostées avec un montage frénétique. Silicon Valley fera grimper votre rythme cardiaque avec des problèmes de serveurs, de codage et encore mieux : des hackers. Pas évident de tenir en haleine l’audience avec une intrigue pareille, mais les auteurs y parviennent d’une main de maitre.

Ce monde impitoyable de la Silicon Valley a évidemment un méchant : Gavin Belson interprété par Matt Ross (Aviator, AHS). En voilà un qu’on adore détester. C’est l’archétype de l’homme blanc avide de pouvoir. Le gars qui vendrait sa mère pour accéder au sommet. Un vrai personnage de comics. Il rappelle un peu Steve Jobs pour son rapport aux autres et Richard Branson pour ses excentricités. Le personnage est triste et drôle à la fois, il recherche la perfection en somme. Il recherche l’impossible, il est malheureux et n’accèdera jamais au bonheur. Mais c’est hilarant de le voir désespérément en quête de l’impossible. Matt Ross est génial dans le rôle, encore un super choix pour le casting. Il n’y a pas de personnage qui soient laissé sur le bord de la route. Ils sont tous suffisamment creusés et ne manquent pas de relief. T.J. Miller, qui a malheureusement quitté la série en cours de route, et qui campe Erlich Bachman, est le plus rock ’n’ roll. Il passe sa vie en pyjama à fumer de l’herbe, comme un héritier du Dude dans The Big Lebowski. Fan de Steve Jobs, il déborde de talent. Martin Starr qui joue Gilfoyle est spécial. Un dépressif, asocial, adepte du satanisme. Cool et pas loin d’être un génie. Son humour est indispensable à la série. Son caractère n’est pas loin de celui de Richard le perso principal. Anxieux, angoissé, mal dans sa peau, parler en public le rend malade. C’est un génie respecté dans la Valley. Il parle un peu comme Mark Zuckerberg, plus à l’aise avec les machines que les humains, ça fait son charme.

Cette bande de potes qui tentent de faire leur place au royaume de la technologie ne va pas forcement vous faire rêver. Ils sortent peu, ils n’ont pas vraiment de divertissements. Leurs vies se résument au travail. Cependant, on comprend vite qu’ils sont « heureux » comme ça. Les sorties entre potes ne les intéressent pas. Les ciné, les parcs d’attractions.. Ils représentent un peu cette nouvelle génération qui évite le contact humain. La famille n’a aucune place dans Silicon Valley. Très peu de « papa, maman » dans les dialogues, les parents des personnages sont inexistants malgré leurs jeunes âges. Comme si la Silicon Valley représentait un accomplissement personnel dans leur vie d’adulte. Ils s’affirmeront en réussissant. Mais la lumière au bout du tunnel est encore loin, les jeunes hommes vont rencontrer de sacrées embuches sur leur parcours. Ils se soutiennent entre eux car ils sont pareil, mais les sentiments ne sont jamais déballés. Comme dans beaucoup de familles.

Les cinq premières saisons de Silicon Valley sont disponibles sur OCS. La sixième saison arrivera en 2019.

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