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Septet: The Story of Hong Kong – Critique

« Nous aimons Hong Kong et nous lui disons au revoir avec ce film ». C’est sur ces mots accordés en Mai 2016 au site easternkicks.com, que Johnnie To résume Septet : The Story of Hong Kong. Un projet rêvé pour tous les fans du cinéma de l’ex colonie britannique qui, à l’arrivée, débouche sur une oeuvre fragile, typique des films à sketchs, mais dont l’ensemble s’avère bien plus atypique et attachant que bon nombres d’exercices de style similaires. Explications. 

En 2016, Johnnie To annonce la mise en chantier de Eight & A Half, un film à sketchs centré sur l’histoire de Hong Kong réunissant de nombreux cinéastes ayant façonné l’identité de la cinématographie locale. En plus de produire et réaliser un des segments, To s’entoure de Sammo Hung, Ann Hui, Patrick Tam, Yuen Woo-ping, Ringo Lam et Tsui Hark. Cependant de nombreux problèmes vont venir mettre à mal la bonne tenue de cet ambitieux projet. Initialement prévu pour réaliser l’un des sketchs, John Woo se retire, tandis que la difficulté à réunir le budget oblige à espacer le tournage sur quatre ans au gré des disponibilités des invités. Une production chaotique, à laquelle viendra s’ajouter le décès de Ringo Lam qui signe avec son segment sa dernière contribution au 7ème art. Initialement prévu pour une projection en avant première au Festival de Cannes 2020, la pandémie de COVID-19 annule de facto l’événement, ce qui ne l’empêchera de bénéficier de diffusions exceptionnelles au Festival de Busan ainsi qu’au Festival Lumière de Lyon. Rebaptisé Septet, terme désignant une oeuvre de musique de chambre pour sept musiciens aux styles différents, le projet s’inscrit dans l’exercice de style du film à sketchs qui malgré des noms prestigieux s’avère le plus souvent assez décevant. Que ce soit Paris vu par, Les sorcières, Histoires Extraordinaires, La Quatrième Dimension, New York Stories, Four Rooms, Eros, 3 extrêmes où Tokyo ! Le constat est souvent le même au point que seul un segment, souvent le dernier, sort du lot rendant le reste du métrage totalement anecdotique. Bien que régis par un thème commun, les segments sont souvent tributaires de la forte personnalité de ses instigateurs, qui virent souvent au concours d’égo.

Bien que reposant sur un fil conducteur, l’histoire de Hong Kong des années 50 jusqu’à un hypothétique futur, Septet, de par son ambiance générale tranche sensiblement avec les précédentes itérations du genre. Les contraintes budgétaires obligent les cinéastes à tourner leurs histoires dans un nombre de décors restreints, au point d’assister à une succession de huis clos. La durée inégale des segments donne parfois la sensation d’assister à des structures narratives à peine ébauchées, se terminant de manière abrupte. C’est d’autant plus flagrant dans les travaux de Yuen Woo-Ping et Johnnie To, centrés respectivement sur un vieux pratiquant d’arts martiaux fan de Wong Fei Hong lors de la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997, et un trio d’étudiants tentant de tirer profit de l’épidémie de Sras et de la crise des subprimes. Des défauts que l’on devine imputable à la difficile gestation du projet, et qui rendent de facto chaque segment inégal pris séparément les uns des autres. Cependant là où Septet: The Story of Hong Kong marque des points sur les autres films du genre, c’est dans sa globalité et les résonances qu’entretiennent chacune des histoires au point de former un tout cohérent, donnant l’impression d’assister à une véritable chronique à travers le temps où chaque mésaventure des personnages est reliée à l’évolution de la ville, où quand la petite histoire rejoint la grande.

Tous les segments fonctionnent à divers degrés sur des protagonistes à mi chemin entre passé et présent. Qu’il s’agisse de Sammo Hung se remémorant son entrainement au sein des sept petites fortunes, du professeur n’ayant jamais déclaré son amour, du couple d’adolescents passant une dernière nuit ensemble, du pratiquant d’arts martiaux ou du trio d’étudiants évoqués plus haut, tous se retrouvent connectés de près ou de loin aux évènements ayant forgé l’identité de la ville, à tel point que l’ensemble dégage une ambiance à la fois chaleureuse et profondément mélancolique. Une ambiance d’autant plus prégnante dans le segment de Ringo Lam qui voit un habitant revenir sur ces lieux de jeunesse avant son décès. Il ressort de Septet un vrai sentiment de communion entre ses cinéastes d’avantage qu’une compétition informelle. Un souci d’humilité et de ramener les récits à une échelle humaine où l’émotion prend le pas sur toutes autres considérations, mais qui n’exclut en aucun cas un vrai soin de fabrication. L’autre atout majeur de Septet est de dépasser le cadre de l’exercice de style pour s’apparenter à un témoignage sur la pluralité des styles qui ont bâti la réputation du cinéma hong kongais.

L’humour sadique et les jeux sur la scénographie typique de Sammo Hung, l’approche introspective d’Ann Hui, le romantisme lyrique de Patrick Tam, la comédie kung-fu et les relations maitre-élève de Yuen Woo-ping, la satire lourdingue mais ici réjouissante à laquelle Johnnie To nous a parfois habitué, l’affection pour les environnements urbains de Ringo Lam, tandis que le segment de Tsui Hark, prenant place dans un décorum futuriste, joue sur un humour sarcastique à la finalité absurde et positive typique du maitre. Par ailleurs le décorum des époques permet de créer d’authentiques capsules temporelles permettant de mieux accueillir certains effets anachroniques comme c’est le cas dans le segment de Lam situé dans les 80s. Enfin malgré l’aspect inégal de certains segments décrit plus haut, il en ressort à chaque fois de vraies qualités comme dans le segment de Woo-Ping qui malgré sa trop courte durée constitue l’une des histoires les plus attachantes abordant la question de la filiation avec beaucoup de subtilité. À tout cela vient s’ajouter la présence de nombreux artisans venus prêter mains fortes au projet, dont le brillant chef opérateur Poon Hang-Sang (Histoires de fantômes chinois, Le maître d’armes) ainsi qu’une troupe d’interprètes connus dont Simon Yam et Francis Ng qui font de l’ensemble un véritable témoignage attachant sur ce qui représentait la singularité de Hong Kong, et par dessus tout de la singularité de son cinéma dans l’histoire du 7ème art. 

Summary
Malgré ses défauts inhérents au genre et sa conception chaotique, Septet : The Story of Hong Kong est probablement l’un des films à sketchs les plus attachants qui soient. Délaissant certains tics du genre afin de livrer un témoignage collectif, humble et émouvant, sur l’une des cinématographies les plus importantes qui fut, doublé d’une véritable déclaration d’amour à une ville appartenant au passé. Une oeuvre précieuse qui prouve, à l’instar de son titre, que des styles aussi différents peuvent s’accorder pour une livrer une réussite artistique, aussi modeste soit-elle.
3.5

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