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Rigor Mortis – Critique

Sous les traits d’un hommage à un genre phare des années 80, la ghost kung-fu comedy, Rigor Mortis est une œuvre imparfaite mais sublimée par les plus belles attentions de son jeune cinéaste. Explications.

Vainqueur ex aequo du prix spécial du jury à l’édition 2014 du Festival de Gérardmer avec Mister Babadook de Jennifer Kent, Rigor Mortis est le premier long-métrage du réalisateur Juno Mak. Bien que présent au casting du slasher Dream Home (il interprète l’un des policiers), Juno Mak est surtout connu à Hong Kong pour sa carrière de chanteur pop dans l’industrie musicale cantonaise. Il devient rapidement un artiste multi-casquette : producteur musical, designer de mode, acteur, scénariste et enfin réalisateur. En pleine tournée de festivals pour le film Revenge : A Love Story dont il est scénariste et comédien, il se fait approcher par différents producteurs. Certains lui proposent d’écrire une suite, mais peu intéressé par cette idée, il décline. D’autres producteurs lui demandent alors quel sujet l’intéresserait. Ayant grandi avec la saga Mr Vampire, il soumet aussitôt l’idée de raviver la flamme des films de jiangshi (vampire/mort-vivant sauteurs chinois) qui ont fait le succès du genre de la ghost kung-fu comedy des années 80. Le projet est lancé, avec à la production un certain Takashi Shimizu, créateur et réalisateur des premiers Ju-on. Du côté casting, on retrouve certains acteurs de la saga Mr Vampire : Chin Siu-ho, Anthony Chan, Richard Ng et Billy Lau. À leurs côtés, on revoit également le comédien Chung Fat qui joue dans une saga du même genre : L’Exorciste chinois. Le pitch est simple. L’ancien acteur à succès Chin Siu-ho (qui joue son propre rôle), est devenu dépressif après son divorce. Il emménage dans un immeuble aussi délabré que celui de Dark Water, où il a pour projet de se pendre. Mais son geste est interrompu in extremis par l’un de ses voisins. C’est à partir de ce moment que le surnaturel arrive en trombe.

Bien qu’il soit un hommage incontestable au genre de la ghost kung-fu comedy, c’est purement l’aspect fantastique qui intéresse le cinéaste. L’humour, bien que parfois présent, est majoritairement en retrait. Le scénariste-réalisateur prend le temps d’installer son univers et le folklore qui est associé. Pour un public occidental comme nous, il s’agit d’une aubaine pour découvrir toute la richesse d’une culture fantastique qui est relativement peu connue. En adéquation avec son sujet, la narration de Rigor Mortis est particulièrement flottante. Il peut donc s’avérer difficile de rester concentré et on peut donc aisément se laisser aller à divaguer. Un labyrinthe qui peut malheureusement s’avérer fatal pour bon nombre de spectateurs en les perdant totalement sur le chemin. Il faudra s’armer de patience et s’accrocher sur certaines séquences dialoguées qui peuvent lasser.

Malgré tout, le long-métrage nous rappelle très facilement à lui dès qu’une de ces créatures entre en action. C’est d’ailleurs lors de ces séquences que le style et la direction artistique de Juno Mak se dévoilent totalement. Parfaitement soignée, l’esthétique du bestiaire est aussi fabuleuse (les fantômes à mi-chemin entre du kaidan aiga et ceux d’Histoire de fantômes chinois), que repoussante (les jiangshi). Pendant la majeure partie du récit ce sont d’ailleurs à des fantômes que nous avons principalement à faire. Le fameux jiangshi faisant surtout office de « boss final ». Séquence qui est l’occasion d’assister à d’impressionnantes chorégraphies de combat. La composition des cadres et les mouvements de caméra viennent souligner chacune des gestuelles du bestiaire, dans le but de les mettre pleinement en valeur. Ces derniers sont également sublimés par une direction photographique (signée Man-Ching Ng) tout aussi qualitative, qui vient compléter à merveille le caractère quasiment irréprochable donné à cet ensemble visuel. Tous ces éléments combinés font de l’esthétique globale de Rigor Mortis, son principal atout.

Mais résumer Rigor Mortis à son seul attrait graphique serait une erreur. Son second atout se situe dans les intentions de son auteur. Au-delà du simple hommage à la ghost kung-fu comedy, le long métrage dresse un constat lucide et amer sur le genre qu’il exploite. Malgré quelques tentatives récurrentes de le ressusciter (au début des années 2000, puis récemment avec le remake d’Histoires de fantômes chinois), la ghost kung-fu comedy est malheureusement passée de mode et a eu une tragique répercussion sur les acteurs qui y sont associés. Le parcours du personnage principal (et donc de l’acteur) Chin Siu-ho en est d’ailleurs la plus simple incarnation. La scène où sa boule à neige (et la figure qu’elle contient) se brise sur le sol fait figure de révélation ultime, autant pour lui que pour nous autre spectateurs. À savoir, le chant du cygne d’un genre qui a contribué au succès d’une époque bénie pour le cinéma hongkongais, celle d’avant la rétrocession où tout était possible pour ce qui est et qui restera l’une des plus belles patries du cinéma.

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