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Informations sur l'oeuvre :

Redline – Critique

12 ans après sa sortie en salles au Japon, Redline de Takeshi Koike reste considéré par de nombreux fans comme un petit classique du cinéma d’animation japonais de la fin des années 2000. L’occasion de porter un regard rétrospectif sur cette oeuvre atypique à plus d’un titre.

Suite aux échos positifs rencontrés par son segment Record du monde pour l’anthologie Animatrix, l’animateur Takeshi Koike peut désormais passer à la réalisation d’un premier long métrage, baptisé Redline, et visant le marché américain. Pour l’épauler dans cet ambitieux projet Koike se tourne vers son ami Katsuhito Ishii, qu’il connait depuis leur collaboration sur le film Party 7. Le réalisateur de The Taste of Tea se charge d’écrire le scénario avec Yoji Enokido (Neon Genesis Evangelion) et Yoshiki Sakurai (Ghost in the Shell: Stand Alone Complex), tout en s’occupant de la direction artistique, tandis que Tadanobu Asano, Yoshiyuki Morishita et Kanji Tsuda, acteurs récurrents chez Ishii, prêtent leurs voix à des personnages secondaires. Les personnages principaux, Sweet JP et Sonoshee McLaren, étant doublés respectivement par Takuya Kimura (2046) et Yû Aoi (Hana et Alice). À cette équipe talentueuse vient s’ajouter le chef opérateur Ryu Takizawa et le monteur Satoshi Terauchi ayant tous deux officié sur Vampire Hunter D: Bloodlust de Yoshiaki Kawajiri. Au final la production s’étendra sur plus de 7 ans, nécessitant la conception de plus de 100 000 dessins faits à la main, le tout sous le patronage du studio Mad House et Tohokushinsha Film Corporation.

Prenant place dans un futur lointain, Redline nous propose de suivre le parcours du pilote Sweet JP rêvant de remporter la fameuse Redline, une prestigieuse course automobile clandestine où tous les coups sont permis, ayant lieu tous les cinq ans quelque part dans l’univers. Cette année la compétition a lieu sur Roboworld, planète dominée par des cyborgs, dont le dirigeant corrompu va tout faire pour mettre à mal la course. Comme l’indique son sujet, la particularité du long métrage de Takeshi Koike est de se situer au carrefour de deux genres : le space opéra et le film de courses automobiles. Le décorum de science-fiction de Redline est l’occasion pour Koike et son équipe de livrer un univers fastueux fourmillant de vie aussi bien du côté des décors, que des personnages, qu’ils soient humains, extraterrestres ou robotiques. Un souci du détail auquel vient s’adjoindre un travail sur les échelles, ayant pour but d’appuyer le gigantisme de l’ensemble, au point que le spectateur est amené à se perdre devant la profusion d’éléments, à l’écran. Une approche qui permet au réalisateur de payer intelligemment son tribut à tout un pan de la science fiction baroque des années 70-80 incarnée par les revues Métal Hurlant et 2000 AD. Reprenant la couleur environnementale liée à la ligne claire si chère à Moebius sur L’incal et Le monde d’Edena en la couplant à un trait caricatural doublé d’une esthétique punk que n’aurait pas renié le duo John Wagner-Carlos Ezquerra de Judge Dredd. Dans ses meilleurs moments Redline parvient à retranscrire cinématographiquement le vertige et l’énergie que déployaient les oeuvres précitées, en évitant de sombrer dans le copier-coller alors vénéré de Sin City. Un carrefour d’influences que l’on retrouve également dans la structure narrative du récit. Bien qu’étant un Space Opera, Redline est avant tout une oeuvre centrée sur les courses automobiles, respectueux de ses modèles et de sa mythologie populaire. Souvent comparé au Speed Racer des soeurs Wachowski, de part sa profession de foi esthétique et ses nombreuses correspondances narratives, Redline se rapproche d’avantage de La grande course autour du monde et de son penchant dystopique La course à la mort 2000, que du Grand Prix de John Frankenheimer auquel le film des Wachowski doit d’avantage. Des films de Blake Edwards et Paul Bartel, Koike reprend l’idée de personnages bariolés, représentant différents microcosmes fantaisistes ne faisant qu’un avec leurs véhicules, sans oublier la présence d’une histoire d’amour entre deux pilotes concurrents comme dans La grande course autour du monde. La rencontre entre les différents pilotes, dont l’impressionnant Machine Head Testujin, dans un night club est quant à elle un renvoi direct à La course à la mort de l’an 2000.

Redline convoque également à divers degrés des éléments propres à la mythologie de la voiture. Que ce soit Sonoshee McLaren dont le nom renvoie à la célèbre écurie, ou bien le look et les véhicules de Sweet JP qui évoque tout un pan de la culture des blousons noirs et son héritage. N’hésitant pas à faire de la modeste voiture customisée de JP un contrepoint aux véhicules rutilants des adversaires. Une déférence à l’égard du monde des voitures qui doit beaucoup à Katsuhito Ishii. Ce dernier ayant était marqué lors d’un voyage dans le sud-ouest américain, par l’affection que portaient de nombreuses personnes des zones rurales à leurs véhicules, il dédiera le script de Redline à ces derniers, au point qu’il espérait que le film attire d’avantage les gens issus des campagnes que des citadins. À cette volonté de rendre hommage aux classes populaires, vient s’ajouter le travail sur la physique de Koike. Ce dernier poursuivant son travail sur Record du monde, dans la lignée des travaux sur le mouvement d’Eadweard Muybridge, en misant sur le dynamisme des personnages et de leurs véhicules. Une démarche faisant écho à l’idée d’un mouvement permanent, auquel se prête à merveille la course automobile. Le tout culminant lors d’un climax où les personnages parviennent à s’extraire de leurs véhicules pour atteindre une transcendance par delà le temps et l’espace. Si cette donnée rappelle également la fin de Record du Monde où le protagoniste parvenait à s’extirper temporairement de la matrice, elle fait également écho à la démarche entreprise par Yoshiaki Kawajiri, qu’assista pendant de nombreuses années Koike, sur son segment Le coureur pour le film collectif Manie Manie les secrets du labyrinthe. Un film matriciel à plus d’un titre, notamment pour Koike, au point que l’on peut voir Redline comme une variation lumineuse de ce morceau bravoure. Koike va également chercher à reprendre l’approche viscérale et kinétique du réalisateur de Ninja Scroll en la couplant à un maelström de formes et de couleurs qui font de Redline une expérience se rapprochant par moment de l’art abstrait. Permettant de matérialiser par le dynamisme de l’animation, ce ce que les à-plats de couleurs du jeux vidéo F-Zero sur Super Nintendo préfiguraient au début des années 90. Si le film reste relativement léger dans sa volonté de relier le parcours de Sweet JP à son enfance, et que le long métrage vise quelque peu le gonzo, il n’en demeure pas moins une oeuvre de science fiction destroy parfaitement assumée, ayant réussi à trouver sa propre voix via la générosité de l’équipe à l’égard de leur sujet. Après de nombreuses présentations dans divers festivals et une sortie sur le territoire japonais en Octobre 2010, Takeshi Koike retourna au poste de key animator sur les séries Marvel Anime, Iron Man, dont il réalisa également des épisodes, ainsi que sur Le garçon et la bête de Mamoru Hosoda, avant de mettre en images 3 films sur le personnage de Lupin III créé par Monkey Punch.

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En résumé

Plus d’une décennie après sa sortie en salles, Redline reste une oeuvre particulièrement attachante. Un long métrage issu d’une équipe brillante qui aura réussi à jongler sur plusieurs tableaux pour livrer une oeuvre vivifiante de par son aspect expérimental et son respect des genres investis, ainsi qu’une belle déclaration d’amour à toute une mythologie populaire traitée avec une belle déférence, égale à celle de certains cinéastes issus du cinéma en prises de vues réelles.
4
5
Très bien

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