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Raging Fire – Critique

Un an après la disparition du réalisateur Benny Chan, Raging Fire, son film testament, est sorti à Hong Kong et se paye une tournée des festivals. Le film, dont la post-production a été achevé sans le réalisateur, ressemble à 200% à ce qu’a produit Benny Chan durant ses 30 ans de carrière. Pas du grand cinéma, mais un spectacle d’une générosité totale dans l’action.

Pendant l’été 2020, la nouvelle a secoué le monde des amateurs de cinéma HK. Benny Chan disparaissait à même pas 60 ans, emporté par une terrible maladie. Une nouvelle terrible car s’il ne faisait pas partie des grands maîtres de l’industrie locale, il a joué un rôle majeur pendant une bonne trentaine d’année, révélant des talents, relançant l’attrait du public pour certains genres, et assurant la majeur partie du temps un spectacle plus que recommandable. De son premier film, le formidable A Moment of Romance avec Andy Lau et Chien-lien Wu, à ses collaborations avec Jackie Chan (dont New Police Story), en passant par son expérience avec Tsui Hark (The Magic Crane), la carrière de Benny Chan est truffée de belles choses. Des films qui n’ont pas nécessairement marqué l’histoire (ou pour de mauvaises raisons à l’image de Gen-X Cops, produit comme rampe de lancement assez médiocre à une nouvelle génération d’acteurs), mais qui pour la plupart ont marqué le coeur et la rétine des amateurs de cinéma d’action à tendance old school. Un cinéma d’artisan, généreux jusque dans ses défauts, démontrant une passion sans limite pour ce genre qu’il considérait comme noble. Ainsi, Raging Fire, dont la production fut assez longue, du fait de la maladie du réalisateur comme on l’a compris plus tard, vient clore une carrière foisonnante en réunissant de façon symbolique deux acteurs majeurs de l’industrie, Donnie Yen et Nicholas Tse. Symbolique car au milieu des années 90 Benny Chan participa activement à la gloire grandissante de Donnie Yen avec la série Fist of Fury (adaptation télévisuelle de La Fureur de vaincre) tandis qu’avec Gen-X Cops en 1999, il offrait à Nicholas Tse son second rôle d’envergure pour faire de lui une star du grand écran. Raging Fire marque ainsi autant des retrouvailles que des adieux. Le tout en fanfare, comme le réalisateur savait si bien le faire mais également avec tous les défauts que cela implique.

Globalement, le film souffre d’une narration problématique. L’enchaînement entre les séquences manque souvent de fluidité et de rythme, ce qui nuit fortement à l’énergie qu’il dégage. Le récit en lui-même, multipliant les emprunts à Heat (la confrontation respectueuse mais implacable entre les frères ennemis, la séquence de fusillade suivant le braquage…), ne brille pas vraiment par son originalité et ne ménage aucun effet de surprise. On est là face à une intrigue connue, balisée, et clairement pas aidée par un montage complètement aux fraises. On passera sur les « séquences émotion » à grands renforts de flashbacks au ralenti sur une musique tonitruante, afféteries datées mais qui font toujours le charme de la grande majorité des polars hongkongais. Raging Fire ne manque pas de défauts, comme sa longueur également, mais qui ne sont en rien rédhibitoires face à la générosité que déploie Benny Chan dans l’action. Car entre deux blablas sans grand intérêt, il assure un spectacle toujours explosif. Il sublime ainsi, avec l’aide de Donnie Yen qui assure le poste d’action director, les chorégraphies créées par Kang Yu (chorégraphe sur près d’une dizaine de films avec Donnie Yen depuis Dragon Tiger Gate). Il fallait tout ce talent pour mettre en scène des séquences d’action dantesques pour faire oublier des personnages aux caractérisations simplistes, et fonctionnant essentiellement sur les flashbacks, et ce récit qui rejoue la partition bien connue de l’affrontement entre le flic mentor et son élève devenu truand. Pour ce faire, chaque scène d’action – et elles sont nombreuses – est un monument d’efficacité et de brutalité. Dès que le film passe carrément en mode action, tous les problèmes de découpage ou de montage disparaissent pour laisser place à une certaine virtuosité. Car sur le plan de l’action pure, on en a pour notre argent. Fusillades en tous genres, courses-poursuites en bagnole, à pied, cascades douloureuses, affrontements à l’arme blanche ou à mains nues… tout le répertoire y passe avec le même souci du détail et du travail bien fait. Chaque arme et chaque élément de décor tient un rôle majeur dans l’action et dans la façon dont les personnages vont évoluer dans le cadre. La précision du découpage, la justesse de la mise en scène et l’implication physique totale (de même que la préparation visiblement) des acteurs permettent à chacune de ces séquences d’être des modèles de lisibilité.

Les coups font mal et les corps meurtris s’amoncellent comme à la grande époque de l’heroic bloodshed. On en retrouve d’ailleurs l’accent mis sur les valeurs chevaleresques telles que l’honneur et la fraternité. Au rayon des grands moments, on retiendra un raid de Donnie Yen seul contre des dizaines dans des espaces confinés, un premier affrontement motorisé entre Donnie Yen et Nicholas Tse, dopé par des cascades complètement dingues et doublé d’une fusillade dantesque, et bien entendu un affrontement final iconique à souhait. Une baston telle qu’on l’attendait, sans armes à feu et avec un Donnie qui ressort sa matraque télescopique de SPL. Un duel dont l’action se situe dans une église, là encore comme à la grande époque du cinéma HK, et qui tient toutes ses promesses en termes de tatanes dans la gueule, de coups de boule, de bras cassés, de doubles coups de pied sautés et d’éléments de décor pulvérisés par les projections des corps. A chaque fois, c’est extrêmement généreux en action, avec une mise en scène extrêmement dynamique et qui tente toujours de se renouveler, à l’image de toute la séquence de l’assaut sur le deal de drogue. Nicholas Tse assure vraiment dans les bastons, et n’est pas ridicule face au véritable récital d’un Donnie Yen en très grande forme. Tout cela, avec ces archétypes de flics incorruptibles face à des méchants très très méchants, des guests savoureux (Simon Yam notamment pour une autre connexion avec SPL), la photographie très sophistiquée de Yuen Man Fung, ou ce générique de fin pendant lequel défilent des images de Benny Chan sur le tournage tandis qu’on entend une chanson chantée par Nicholas Tse, participe à la sensation de voir un film d’action old school venu des années 90 à Hong Kong. Un beau travail d’artisan comme avait l’habitude d’en livrer Benny Chan, imparfait et attachant. Nul doute qu’il manquera au cinéma d’action.

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