Promare – Critique

Après avoir fait sensation lors du dernier festival du cinéma d’animation d’Annecy, Promare, nouvelle réalisation de Hiroyuki Imaishi (Kill la Kill) débarque enfin dans les salles françaises. Le résultat à l’écran dépasse non seulement toutes les promesses mais s’impose également comme une brillante démonstration dans la manière de faire du neuf avec du vieux.

En 2017, lors de la convention Anime Expo de Los Angeles, le studio Trigger annonce la mise en chantier de Promare en co-production avec XFLAG. En octobre de l’année suivante Hiroyuki Imaishi est annoncé à la réalisation tandis que ses fidèles collaborateurs, le scénariste Kazuki Nakashima, le producteur Hiromi Wakabayashi, le monteur Junichi Uematsu et le compositeur Hiroyuki Sawano répondent présents. L’équipe ayant fait la renommée du studio Trigger, notamment via la série Kill la Kill, est rejointe par le chef opérateur Shinsuke Ikeda, un habitué de la franchise Pokemon, et le directeur artistique Tomotaka Kubo (Le conte de la princesse Kaguya, Le garçon et la bête), tandis que Shigeto Koyama (Evangelion 3.0, Les Nouveaux Héros) se charge du chara design et des méchas. Le tout en vue d’une sortie japonaise le 24 mai 2019.

Une tempête de feu au quatre coins du globe donne naissance à des mutants, les Burnish, ayant la faculté de maitriser cet élément. 30 ans plus tard ces derniers tentent toujours d’anéantir l’humanité, mais c’est sans compter sur la brigade Burning Rescue, des pompiers dotés de Méchas. À première vue la trame narrative de Promare s’avère on ne peut plus convenue pour quiconque à déjà gouté à de nombreux univers antérieurs. Les pompiers de la Burning Rescue répondent à une logique similaire à la brigade policière de Patlabor. Les Méchas étant avant tout chargés d’assurer le quotidien de la population locale, ici la République de Promepolis. Tout comme l’oeuvre de Masami Yūki, l’équipe au coeur de Promare fait la part belle à des mécaniciens chevronnés, unis dans l’adversité, mais n’hésitant pas à désobéir à leur chef, Ignis Ex, quand la situation l’exige. Un ancrage dans le quotidien qui n’empêche pas Imaishi de lorgner du côté de son ancien mentor Hideaki Anno, n’hésitant pas à citer explicitement des plans de Neon Genesis Evangelion lors d’un spectaculaire combat entre deux méchas dans la ville, quand ce n’est pas le climax apocalyptique qui semble sortir de The End of Evangelion. Même chose du côté de certains personnages. De part son ambiguïté et son apparence androgyne, Lio Fotia, le leader des Mad Burnish, peut être vu comme une ré-interprétation de Ryo Asuka, l’antagoniste de Devilman. De l’oeuvre légendaire de Gō Nagai, Imaishi reprend également l’idée d’êtres mi humains mi monstrueux condamnés par une société elle-même au bord du gouffre. Une impression de déjà vu que l’on retrouve également du côté de Kray Foresight, président de la compagnie portant son nom, et chef de la République de Promepolis, qui ancre Promare dans une vision du cyberpunk typique des années 80 – 90, bien avant que Lilly et Lana Wachowski ne révolutionnent le genre avec Matrix. Le bureau épuré de Kray, avec ses immenses baies vitrées donnant sur la cité, évoque celui d’Eldon Tyrell dans Blade Runner.

Cependant si ces emprunts sont pour la plupart voyants, ils n’en demeurent pas moins savamment revigorés par l’approche organique opérée par le réalisateur et sa brillante équipe. Si les méchas reprennent des éléments issus de créations célèbres comme le Power Loader d’Aliens, le Jet Hawk de Jetman ou même Gundam, c’est pour mieux les incorporer à des designs baroques, conférant un résultat inédit à l’écran. Il en va de même pour la relation entre Galos Thymos et Lio Fotia qui diffère grandement de Devilman, pour lorgner vers une entraide fusionnelle typique du genre mécha. Quant au sort réservé aux Burnish, outre leurs fonctions narratives, il est d’une noirceur et d’une approche relativement sérieuse, qui serait difficilement envisageable dans le cadre d’une production live à l’heure actuelle. De même que l’environnement dans lequel évolue Kray, doit également beaucoup à l’architecture futuriste présente dans l’Italie fasciste de Mussolini. Des éléments parmi d’autres qui permettent au film de damner le pion avec la concurrence, y compris quand il s’agit d’utiliser savamment des astuces dramaturgiques, comme les fusils de Tchekhov, où le Deus Ex Machina. Ce dernier point étant propice à une dimension méta textuelle utilisée de manière beaucoup plus harmonieuse, que dans le pourtant honorable Spider-Man: Into The Spider Verse. C’est justement ce juste milieu entre une approche sérieuse et décalée qui permet au réalisateur de renouer avec la fibre de ses précédents travaux. Le tout servi par des personnages plus charismatiques les uns que les autres évoluant dans une intrigue visant avant tout la limpidité et l’efficacité. Ce dernier point permet au film de donner une plus-value à son approche expérimentale de la réalisation et de la direction artistique.

Promare s’inscrit dans un renouveau de l’esthétique psychédélique et cubiste tout en multipliant les idées plus ingénieuses les unes que les autres, faisant toujours sens avec le récit : split screen, cadre dans le cadre, travelling agressifs, déformations corporelles, jeux sur les échelles, différentes tonalités chromatiques au sein du même plan, flash back entièrement composé d’images fixes… . Le tout sur un rythme frénétique qui ne faiblit jamais. Un véritable trip pop dont les ambitions formelles n’aurait pas dépareillé chez le collectif Kaikai kiki, tout en assumant une dimension épique qui doit également beaucoup à la partition musicale de Hiroyuki Sawano. En cela Promare peut être vu comme une version Mécha du Speed Racer des soeurs Wachowski avec lequel il entretient la même démarche expérimentale doublé d’un authentique amour pour le genre investi et son public. Probablement le plus beau compliment que l’on puisse faire à Hiroyuki Imaishi et son équipe.

Promare est une oeuvre particulièrement attachante et jouissive de bout en bout. Loin d’être un plaisir coupable, il s’agit d’une relecture beaucoup plus maligne qu’elle en à l’air de tout un pan de la culture pop japonaise auquel il rend un vibrant hommage tout en n’oubliant pas de proposer quelque chose de neuf susceptible de s’adresser à un nouveau public. À l’instar du récent Les Enfants de la mer, le film de Hiroyuki Imaishi prouve que le cinéma d’animation s’avère beaucoup plus expérimental, spectaculaire, émouvant, et vivant que son homologue live. À méditer.

4.5

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