Mission: Impossible – Fallout – Critique

Critiques Films
3.5

Sixième opus d’une franchise ayant plus de 22 ans au compteur, Mission: Impossible – Fallout, marque une rupture avec les précédents opus en voyant le retour de Christopher McQuarrie au poste de réalisateur-scénariste, alors que chaque épisode reposait sur une identité bien distincte. Les récents bides de Tom Cruise n’étant par pour rassurer quant au résultat final. À l’arrivée une œuvre inégale mais non dépourvu de qualités. Explications.

En Mai 2015, Tom Cruise confirme la mise en chantier d’un sixième opus. Dans un premier temps Christopher McQuarrie annonce qu’il ne rempilera pas à la réalisation estimant avoir donné son meilleur sur Rogue Nation. Contre toute attente, en Novembre de la même année Paramount annonce que ce dernier rempile au scénario et à la réalisation, tout en s’assurant un statut de producteur aux côtés de J.J. Abrams, David Ellison, Jake Myers et Cruise. Du précédent opus seul le monteur Eddie Hamilton, fidèle collaborateur de Matthew Vaughn, rempile. Peter Wenham (Capitaine America : Le soldat de l’hiver) est nommé chef décorateur, tandis que Rob Hardy, collaborateur d’Alex Garland, se charge de la photographie. Quant à la musique c’est Lorne Balfe (Terminator Genisys) qui remplace Joe Kraemer. Ving Rhames, Simon Pegg, Rebecca Ferguson, Michelle Monaghan, Alec Baldwin et Sean Harris répondent de nouveau présent, tandis que Henry Cavill, Angela Bassett, Vanessa Kirby, Liang Yang et Alix Bénézech complètent la distribution. Accaparé par le tournage d’Avengers : Infinity War, Jeremy Renner doit renoncer au film. Le tournage débute à Paris en avril 2017 pour une sortie prévue à l’été 2018 avec un budget de 178 millions de dollars, dont 25 pour les seules scènes parisiennes. Une production qui va essuyer quelques travers notamment la double fracture à la cheville de Tom Cruise lors d’un saut entre deux immeubles, ou Henry Cavill obligé de faire l’aller retour entre ce tournage et celui des reshoots de Justice League, avec obligation de ne pas se raser, poussant Warner Bros à injecter plusieurs millions de dollars pour effacer numériquement sa moustache.

Un interprète – producteur dont les récentes productions se sont révélées plus catastrophiques les unes que les autres, un cinéaste revenant à contre cœur sur une franchise dont il estimait avoir fait le tour, autant dire que ce nouvel opus de Mission: Impossible était d’avantage redouté qu’attendu. Les premières minutes de ce nouvel opus, son exposition laborieuse où un mauvais rêve d’Ethan Hunt côtoie une redite du climax de Rogue Nation, semblent confirmer la volonté de plier la franchise aux modes du moment, en l’occurrence le cinéma de Christopher Nolan. Du cinéaste d’Inception, McQuarrie reprend l’une des plus grandes tares, à savoir ces intrigues faussement complexes où les faux semblants assenés à coup de dialogues démonstratifs plutôt que par l’image, plombent l’intrigue d’avantage qu’elles ne la font avancer. Une volonté de se rapprocher de celui qu’on présente exagérément comme l’héritier de Stanley Kubrick qui se traduit également à travers deux scènes « fantasmées » du plus mauvais gout. Alors que la franchise s’était distinguée ces dernières années de la concurrence avec des intrigues limpides et efficaces, ces ajouts issus d’une approche boiteuse de la narration ont tendance à rendre l’intrigue bancale. On en vient à imaginer Ethan Hunt rejoindre son concurrent James Bond, qui depuis les années 70 ne cesse de courir après les modes du moment au point d’avoir perdu sa singularité. Pourtant c’est justement en marchant de nouveau sur les plates bandes du plus célèbre des agents secrets que Mission: Impossible – Fallout marque des points non négligeables. Si l’écriture reprend de temps à autre quelques « tics » Nolaniens, au point d’avoir raison de la durée du métrage, elle ne sombre pas dans le « dark and gritty » caricatural comme pouvait le faire Sam Mendes sur Skyfall. Si McQuarrie n’a jamais eu l’aura institutionnelle du cinéaste d’American Beauty, force est de constater que son approche d’humble artisan s’avère bien plus payante. L’arrivée de Brad Bird sur Protocole fantôme, pour lequel McQuarrie fut script doctor, a définitivement ancré la franchise dans un revival du film d’espionnage glamour et old school en multipliant les renvois explicites à la saga James Bond : retour de la guerre froide, scientifique fou, hommage à l’apparition de Ursula Andress dans Dr No… . Le retour du syndicat dans Fallout, s’inscrit dans une volonté de proposer un équivalent au spectre en développant sa mythologie : Nouvel ordre mondial, sbires nommés les apôtres. À l’instar de Blofeld, Solomon Lane devient le bad Guy attitré de la franchise.

Si le final laisse augurer d’une suite, Mission: Impossible – Fallout reste avant tout un film de cinéma où les enjeux se suffisent à eux mêmes et trouvent leur conclusion à la fin du métrage. Christopher McQuarrie, scénariste avant d’être réalisateur, utilise les contraintes de son retour sur la franchise à son avantage pour développer de manière intelligente l’univers de la franchise sans renier ses fondements, à travers sa cinéphilie. Si la partie britannique de Rogue Nation témoignait de l’amour du cinéaste pour les polars 70s comme l’était Jack Reacher, la partie parisienne de Fallout est l’occasion de convoquer tout un pan du cinéma hexagonal. Qu’il s’agisse du court métrage C’était un rendez-vous de Claude Lelouch ou de Peur sur la ville de Henri Verneuil que le cinéaste cite comme principales influences. Cependant l’autre aspect marquant de cette escapade parisienne est l’ambiance anachronique qui se dégage de ses scènes nocturnes, qui ne sont pas sans évoquer le cinéma de Jean-Pierre Meville de par sa direction artistique très 60s. Quant à la mise en scène, à défaut d’être d’une grande ingéniosité elle demeure efficace, mettant en valeur les exploits de sa star, bien aidée par moments par les doublures numériques, ainsi que le décorum dans lesquelles elles prennent place. Avec toujours ce souci de lisibilité qui fait défaut à la majorité des productions actuelles. Cependant soucieux de ne pas répéter son approche sur Rogue Nation, le réalisateur opte pour un traitement plus brut lors des combats comme en témoigne la bagarre dans les toilettes, mélange harmonieux de techniques hong kongaises et occidentales que l’on doit à Wolfgang Stegemann ancien assistant de Jeff Imada et David Leitch. Le tout parsemé d’idées funs qui leur confèrent un vrai dynamisme. Ce qui différencie McQuarrie des autres cinéastes avec lesquels Cruise a collaboré ces dernières années, réside dans leur osmose créative, guidée par des envies communes de cinéma.

Left to right: Tom Cruise as Ethan Hunt and Henry Cavill as August Walker in MISSION: IMPOSSIBLE – FALLOUT from Paramount Pictures and Skydance.

La franchise Mission: Impossible étant probablement pour le duo, le seul endroit où ils peuvent avoir une certaine liberté artistique. L’autre bonne surprise se situe du côté du casting et des nouveaux venus notamment Henry Cavill, qui fait preuve d’une espièglerie bienvenue apportant une plus-value à ses relations avec Tom Cruise. Comme pour les deux précédents opus, la complicité de ce dernier avec les autres membres de l’équipe est pour beaucoup dans l’attachement que l’on éprouve à l’égard du long métrage. Une complicité que le cinéaste à parfaitement compris, réservant à chacun un morceau de bravoure lors du climax. Un morceau de bravoure où Buster Keaton et Jackie Chan (l’utilisation d’éléments du décor comme source d’action) semblent côtoyer Sam Raimi et les sœurs Wachowski (la poursuite en hélicoptère). À défaut d’être du niveau de ces génies, la volonté d’être digne de ces derniers finit par emporter l’adhésion.

Moins abouti et concis que Rogue Nation, doté de défauts handicapant sa tenue globale, Mission: Impossible – Fallout reste cependant une œuvre honorable, ses qualités l’emportant aisément sur ses défauts. S’il semble évident qu’un septième volet verra le jour, on ne peut que souhaiter à Christopher McQuarrie et Tom Cruise de poursuivre l’aventure avec un autre point de vue susceptible d’apporter du neuf tout en conservant le meilleur de leur duo créatif. L’idéal serait de se pencher du côté de génies britanniques ou coréens : Edgar Wright, Bong Joon-ho, Joe Wright, Park Chan-wook…. . L’autre possibilité serait d’aller voir des cinéastes dont Hollywood ne veut plus entendre parler comme les sœurs Wachowski. Dans tous les cas ont peut toujours rêver.

3.5

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