Message from the King – Critique

Pour la seconde fois de sa carrière, Fabrice Du Welz se prête à l’exercice du film de commande. Mais avec Message from the King, c’est à une expérience de l’autre côté de l’Atlantique qu’il se prête. Et comme pour Colt 45, il vise l’héritage d’un cinéma énervé qui n’est presque plus représenté aujourd’hui, à travers une série B redoutablement efficace et soignée.

Cette fois, contrairement à sa malheureuse expérience sur Colt 45, il n’a pas été viré de la salle de montage. Il a fait des concessions, comme tous les réalisateurs travaillant aux USA, et n’en renie pas la paternité. Fabrice Du Welz, s’il ne signe clairement pas son meilleur film, a grandi grâce à Message from the King. Et mieux que ça, même s’il n’a pas pu faire tout ce qu’il voulait (mais une fois de plus, même James Cameron doit se plier aux décisions de producteurs, et cette forme de cadrage est sans doute bénéfique aux auteurs), il a réussi à transcender le script original. Un script signé, rappelons-le, par Oliver Butcher et Stephen Cornwell, auteurs derrière l’insipide Sans identité de Jaume Collet-Serra. Un script qui traine depuis des années à Hollywood, James McTeigue travaillait d’ailleurs dessus en 2011-2012. Mais voilà, repéré par Chadwick Boseman grâce à Alleluia, Fabrice Du Welz a accepté de mettre la chose en scène en y apportant sa sensibilité et son sens de la mise en scène. Une excellent décision tant Message from the King est une belle réussite. Imparfaite, parfois fragile, mais une réussite tout de même, qui renoue avec la nature d’un revenge movie : sec, violent, rentre-dedans et ne s’embarrassant pas de détails sans intérêt. Des caractéristiques s’appliquant autant à son intrigue qu’à son traitement visuel sans concessions.

Concrètement, Message from the King est une relecture moderne de La Loi du milieu de Mike Hodges. A savoir que c’est l’histoire d’un type mystérieux et peu prolixe qui débarque dans un lieu qu’il ne connait pas, découvre que sa sœur y est morte et va traquer ceux qui l’ont tuée. Un schéma qui a déjà donné naissance à quantité de films plus que mémorables, d’Aniki mon frère de Takeshi Kitano à L’anglais de Steven Soderbergh, en passant par Un Homme est mort de Jacques Deray ou Hardcore de Paul Schrader. Des films avec lesquels Message from the King partage également un élément essentiel : le décor de Los Angeles. Un Los Angeles qui n’est ici ni une carte postale ni une vision romantique à la Drive, mais une ville sale, poisseuse, rongée par le vice. Le décalage avec le personnage principal est formidable. Un type immédiatement sympathique car présenté comme un chauffeur de taxi en provenance d’Afrique du Sud. Il faudra attendre l’épilogue pour savoir exactement qui est ce Jacob King, après que le récit nous guide vers une information radicalement opposée à sa véritable nature. Sans avoir de caractérisation particulièrement détaillée – on sait juste qu’il arrive à Los Angeles mais ne compte pas y rester une fois sa mission accomplie – on s’y attache assez rapidement car il véhicule certaines valeurs mais surtout ce poids de plus en plus lourd du destin de sa sœur. On s’y attache également grâce à la qualité de l’interprétation de Chadwick Boseman, capable de passer de la douceur bienveillante à la rage la plus explosive en un clin d’œil et avec un naturel impressionnant. Le charisme de l’acteur emporte tout sur son passage, avec la même détermination que son personnage. Aucun doute qu’il s’agit là d’un atout maître pour la maison Marvel et son Black Panther. Concernant Los Angeles, le choix n’est pas le fruit du hasard. Et s’il n’appuie pas plus que cela sur ce point, la ville où se sont déroulées les émeutes de 1992 porte les stigmates de la haine raciale. Une séquence en particulier, avec Jacob King qui se fait tabasser par des flics dans une ruelle, ne laisse aucun doute quant à la conscience politique et engagée du film.

Une fois tous les enjeux correctement posés, on pourrait reprocher à Message from the King un certain manque d’originalité. Et il est vrai que Fabrice Du Welz a pu nous habituer à un cinéma bien plus radical et porté sur une certaine forme d’expérimentation. Mais cette approche plus « classique » (il faut avoir bouffé du vigilante hardcore et du revenge movie pour y voir une forme de classicisme) ne gâche en rien son efficacité. Le film va droit au but, ne s’embarrasse pas de sous-intrigues à la con et illustre merveilleusement la rage d’un frère venu venger sa sœur. Mais pas seulement. En effet, à travers le très touchant personnage de Kelly, incarnée par Teresa Palmer, il traite en parallèle de la notion de rédemption sans tomber dans le cliché du héros badass qui va se taper le faire-valoir féminin du film. En ne concentrant pas son énergie sur cette relation, Message from the King lui donne encore plus de portée. Une approche tout en subtilité, au milieu d’un film qui ne fait globalement pas dans la dentelle. Plutôt bourrin, Message from the King se paye quelques moments qui apportent un certain décalage, qu’il soit poétique comme la séquence chantée chez Alfred Molina, ou carrément cauchemardesque comme une séquence de flashs surréaliste. Le ton très sec et rugueux du film doit autant à la mise en scène toujours virtuose de Fabrice Du Welz qu’à la photographie très granuleuse de Monika Lenczewska. Très sombre, très violent, Message from the King dresse le portrait d’une ville comme on la voit rarement, peuplée de raclures en tous genres et à tous les niveaux de l’échelle sociale. Los Angeles y est montrée comme le purgatoire des USA, où Jacob King viendrait faire le ménage tel un ange exterminateur. Pas vraiment surprenant mais efficace, Message from the King l’est jusqu’au bout malgré quelques petites baisses de rythme, assumant parfaitement son statut de série B à l’ancienne. S’il fallait avoir surtout un regret, ce serait au niveau des scènes d’action montées de façon hystérique jusqu’à en devenir illisibles, quand une approche plus posée aurait eu certainement plus d’impact. Dommage, car c’est à ces moments précis qu’est censée s’exprimer pleinement la rage de Jacob King.

3.5

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