Mazinger Z Infinity – Critique

Critiques Films
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Rocket Punch ! Film anniversaire des cinquante ans de carrière de Go Nagai, Mazinger Z Infinity réactive le premier robot créé par le célèbre mangaka pour un (ultime ?) baroud d’honneur faisant la part belle aux affrontements apocalyptiques entre les grandioses titans en « Super Alliage Z » et les horribles kikaiju. Faisant un pont d’honneur à Gô Nagai pour la création du mythique (en tout cas chez nous) Goldorak, les spectateurs français ont l’honneur, par l’entremise d’Eurozoom, de voir le film deux mois avant sa sortie japonaise.

Régalant les lecteurs japonais de ses crayonnés depuis 1968, Gô Nagai fait partie du panthéon des plus grands mangakas. Ses œuvres constituent d’incontournables piliers de la pop-culture : Devilman, Cutie Honey, Getter Robot… Mazinger Z occupe également une place unique, son héros-titre étant le grand frère des mechas nippons. Héritant de son grand-père d’un robot géant forgé dans un alliage révolutionnaire, Koji Kabuto affronte le maléfique Dr. Hell et ses hordes de monstres mécaniques. Mais Mazinger Z détient un tel pouvoir que celui-ci peut devenir « un dieu ou un démon » selon les motivations de son pilote. Publié dans le « Weekly Shônen Jump » en 1972, le manga devient un classique instantané et donne lieu à une série animée produite par Toei. Les spectateurs font de Koji Kabuto et son robot des héros emblématiques du Japon d’après-guerre. Carton oblige, Nagai développe l’univers avec Great Mazinger, qui met cette fois en scène le pilote Tetsuya Tsurugi. Le troisième titre, UFO Robot Grendizer/Goldorak arrive à la suite du long-métrage La Guerre des soucoupes volantes (1975). Il sera conspué par le public japonais, Koji Kabuto étant relayé au rôle de sidekick rigolard et un peu débile. Ignorant l’existence des « aniki » du prince d’Euphor, les têtes blondes de France réserveront à Goldorak un accueil triomphal sur Antenne 2 en 1978. Mazinger Z attendra 1988 pour être diffusé sur M6. Conçu pour célébrer à la fois le demi-siècle d’activité de Gô Nagai et les 45 ans de la franchise, Mazinger Z Infinity permet à Toei Animation et au réalisateur Jun Shimizu de donner un coup de neuf nécessaire à cette mythique saga.

Dans Mazinger Z Infinity, la Terre est désormais pacifiée, Koji Kabuto ayant terrassé le Dr. Hell depuis une décennie. Devenu un scientifique émérite, Koji rejoint une équipe ayant découvert un nouveau Mazinger colossal, enfoui dans le flanc du Mont Fuji depuis des millions d’années. Du cockpit s’en extrait Lisa, un androïde d’apparence féminine. La jeune femme artificielle serait la clé du fonctionnement du robot fossile, baptisé Infinity. C’est à ce moment que le Dr. Hell choisit de faire un retour inattendu et capture Tetsuya Tsurugi et son robot Great Mazinger pour élaborer un plan consistant à manipuler Infinity pour servir des desseins conquérants.

Dès l’ouverture, le ton est donné puisque le réalisateur Junji Shimizu plonge le spectateur au cœur d’un magnifique morceau de bravoure. Great Mazinger affronte seul des hordes de kikaiju, déployant son arsenal de coups spéciaux. Autant dire que cette entrée en matière décroche la mâchoire tant l’animation 3D est fluide, Toei Animation n’ayant manifestement pas lésiné sur le kaboom animé. La séquence s’interrompt en plein cliffhanger avec un Tetsuya en mauvaise passe avant de laisser place à une version 2017 du générique de la série Mazinger Z originale dont l’opening song est chantée par le mythique Ichiro Mizuki. Les otaku mecha-maniacs sont en terrain connu.

Flashback six mois plus tôt avec la découverte d’Infinity au sein d’un immense chantier montagnard. Cette amorce d’intrigue permet au scénariste Takahiro Ozawa de faire le point sur l’évolution des protagonistes, depuis devenus des figures mythiques auprès des lecteurs et spectateurs japonais. Ayant déserté le cockpit de Mazinger Z – rangé dans un musée – Koji est devenu une autorité savante. L’élue de son cœur Sayaka Yumi s’est également rangée du côté des scientifiques tandis que Jun Hono attend patiemment un bébé. Le père de l’enfant, Tetsuya, continue de piloter Great Mazinger pour le compte des militaires. Shiro, le jeune frère de Koji, a rejoint la Mazinger Army. Quand à Duke Fleed/Actacus, et bien… Vous ne le verrez tout simplement pas. En effet Grendizer/Goldorak est effacé de cette timeline, le crime de lèse-majesté d’avoir transformé Koji en bouffon n’étant toujours pas pardonné. Mazinger Z Infinity nous parachute dans un univers dans lequel les héros ont déjà vécu de nombreuses aventures et ont été éprouvés par celles-ci. Malgré la fin de la guerre et une ascension professionnelle significative, Koji et Sayaka sont toujours coincés dans une relation hésitante, pour ne pas dire stagnante. Ce sont des personnages-satellites qui vont donner une impulsion nouvelle à ses sentiments sans doute un peu estompés par le temps. En étudiant les comportements des deux amoureux discrets, l’être synthétique Lisa parvient à cerner la complexité et les incertitudes de l’âme humaine. C’est d’ailleurs grâce à elle que Koji peut envisager un tout autre avenir aux côtés de Sayaka. Koji n’est pas un théoricien et le retour du Dr. Hell le met face au mensonge qu’est devenu son existence : « Ne t’es-tu pas ennuyé pendant mon absence ? » A l’inverse, Jun a embrassé la vie avec Tetsuya mais doit accueillir seule son bébé, son compagnon étant paralysé dans son cockpit par Dr. Hell. Ces temps de pause et de renouvellement de la condition de ses protagonistes permettent de définir les enjeux émotionnels de Mazinger Z Infinity.

Au niveau de l’action, le film se montre généreux et inventif. La camera de Shimizu suit les méchas dans leurs envolées, multiplie les panoramiques obstruées par des murs d’explosions ou se pose sur le dos de Mazinger en poursuite céleste filmée en plan-séquence. Nous ne divulguerons pas les tenants et aboutissant du grand final. En revanche, nous pouvons dire que les péripéties donneront une autre poussée lacrymale nostalgique aux fans de Dragon Ball Z puisque la conclusion « shonen » rappelle les opus cinéma des aventures de Goku et ses amis. L’auteur de ces lignes n’a pu s’empêcher de penser à l’indispensable Broly, le super guerrier (1993). Les initiés constateront la frappante analogie. Chapeau aux mecha-designers qui ont réussi à faire cohabiter les robots de l’ère Shôwa avec de nouveaux modèles davantage en phase avec les années 2010. On retiendra les formidables unités de la Mazinger Army ou cette excellente imprimante 3D quadripode, capable de produire des projectiles à volonté.

Le film possède malheureusement quelques défauts. Si l’animation 3D est exemplaire, les éléments 2D remplissent leur fonction, mais sans briller. Ceux-ci sont dignes d’un épisode d’anime TV de qualité, mais pas d’un film de cinéma. Le scénario semble également emprunter des éléments d’univers mecha plus récents afin de ne pas s’aliéner la jeune génération. Le chara-design de Lisa évoque immanquablement la Ayamani Rei de Neon Genesis Evangelion. Le caractère introspectif du combat final n’est pas non plus sans rappeler certains moments de l’opus magnum de Gainax. Refusant les rappels à la série originale, le film peut également surprendre les spectateurs non-initiés à l’univers de Gô Nagai. Pacific Rim avait également pris un tel risque avec son rapide prologue d’exposition.

En cette fin novembre, Mazinger Z Infinity est le cadeau de pré-Nöel idéal. Le plaisir de voir des mechas et autres monstres géants s’affronter sur grand écran étant suffisamment rare qu’il serait criminel de priver nos yeux, et ceux de nos enfants, d’un spectacle aussi explosif et généreux.

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