Logan – Critique

C’est probablement le plus badass des X-Men. Et depuis 17 ans, malgré l’implication d’un Hugh Jackman toujours au niveau, il n’a jamais eu le film qu’il méritait. C’est devant la caméra de James Mangold, et ce pour un deuxième essai, qu’il révèle enfin toute l’étendue de son potentiel cinématographique. Dommage que ce soit pour les adieux de l’acteur au personnage, mais cela valait le coup d’attendre Logan.

Si 99% des films tirés de comics se ressemblent dans leur médiocrité, il arrive que parfois un auteur réussisse à trouver la recette miraculeuse. Après Sam Raimi, Guillermo del Toro, Tim Burton… c’est James Mangold qui se voit touché par la grâce avec Logan, un film qui brise allègrement le pacte de non-agression entre Marvel et son public habituel. Ici, pas d’origin story, pas de menace gigantesque venue d’un autre monde, pas le même canevas narratif usé jusqu’à l’os, pas de surenchère ridicule dans les effets numérique pour masquer un vide scénaristique. Logan aborde le genre avec tout le respect qu’il mérite, avec une certaine noblesse même, et avec un véritable désir de cinéma. Le personnage de Logan/Wolverine n’est jamais aussi intéressant que quand ses failles sont mises en avant. Cela est tout aussi valable dans les cases d’un comic book que sur pellicule. Et James Mangold, qui était totalement passé à côté de son sujet avec Le Combat de l’immortel, l’a enfin réalisé. La recette est finalement assez simple. Accentuer le drame au maximum, avec une noirceur peu commune pour un « comic book movie », l’aborder avec une tonalité désespérée entre le western crépusculaire et le road movie post-apocalyptique, limiter le nombre de personnages afin de développer parfaitement ceux présents à l’écran, et garder en tête qu’il s’agit de traiter un véritable mythe. Logan fait juste ce qu’il faut dans le « méta », avec un Wolverine qui réalise que ses aventures on fait de lui une légende de la pop-culture, pour rester tout à fait honnête et ne pas tomber dans le cynisme. La référence aux X-Men est loin d’être gratuite dans la mesure où la présence de comics au sein même du film rejoint presque la logique d’Incassable : ils ont bel et bien un rôle dans le réel qui est dépeint et sont les héritiers des grands récits mythologique. La foi en ces récits permet d’accomplir le voyage du héros. Ce n’est qu’un détail, mais qui en dit long sur le projet que représente Logan et sa nature en marge du système habituel. Plus encore que sa classification R, permise par le succès de Deadpool, qui lui permet de dépeindre une violence graphique inattendue mais logique par rapport à ce qu’est réellement le personnage de Wolverine.

Logan

Il s’agit clairement d’un des meilleurs films de James Mangold, qui renoue ici avec un genre qu’il affectionne tout particulièrement : le western. Non pas pour la beauté du geste vis-à-vis d’un genre qui semble intéresser à nouveau Hollywood, mais pour la cohérence avec son sujet. Après avoir réalisé un remake tout à fait honnête de 3h10 pour Yuma, et ce après avoir réalisé un magnifique western qui n’en avait pas l’air, Copland, le voilà donc qui amène le film de super-héros vers le genre fondateur du cinéma américain. Il l’amène par les choix de ses cadres, par la rythmique et le décor désertique, mais également en citant ouvertement, par des extraits, L’homme des vallées perdues de George Stevens, un western dans lequel un cowboy solitaire vient en aide à des fermiers. Un western dont Clint Eastwood a tiré Pale Rider. Avec un Hugh Jackman qui n’est pas sans rappeler Clint Eastwood ici, la boucle est bouclée. Logan est un film impressionnant par ses choix. Sa violence notamment, extrêmement graphique et jamais cachée. Les blessures à l’arme blanche sont légion, les coups de griffe en adamantium découpent les membres et les plaies béantes habitent le cadre pour illustrer au mieux le caractère crépusculaire de l’aventure de son héros. Les images carrément gores pullulent dans Logan, comme jamais dans un comic-book movie. Et elles sont d’autant plus impressionnantes quand elles mettent en scène la jeune Dafne Keen, stupéfiante en Laure/X23. Aux côtés de Wolverine et du Professeur Xavier, devenu un vieillard dont les crises peuvent créer une apocalypse, elle est un des moteurs essentiels de ce récit qui offre une place essentielle aux thèmes de la transmission, de l’héritage (de la violence notamment) et du sacrifice. Si le personnage de Wolverine a déjà été traité comme un père de substitution dans les films X-Men, avec Rogue, il est ici réellement confronté à la notion de paternité et de responsabilité. Faible, vieux, fatigué et perdu, redevenant parfois l’animal qu’il était, Logan n’a jamais paru aussi humain et aussi riche au cinéma. Comme Bill Munny, il est cette légende qui refuse d’accepter ce statut. Et son caractère auto-destructeur le mènera finalement vers une magnifique rédemption. Et ce après un récit qui emprunte clairement au road-movie, mais également à Terminator 2, une séquence au sein d’une famille « normale » y faisant expressément référence, au moins autant qu’un des antagonistes de Logan. Ce pont représente sans aucun doute la plus grosse faiblesse du film. Ni Boyd Holbrook ni Richard E. Grant ne sont à la hauteur, malgré tout ce que leurs personnages peuvent représenter en terme de symboles d’une société répressive, militarisée et manipulatrice. Ni même ce troisième antagoniste, certes impressionnant d’efficacité et évidemment symbolique du combat intérieur qui anime Logan, mais dont les apparitions tombent un peu comme un cheveu sur la soupe ou comme un truc de scénariste pour relancer une intrigue qui n’en avait pas besoin.

Logan

Quelques errements qui ne parviennent pourtant pas à gâcher ce que représente Logan. A savoir quelque chose d’assez inespéré. Un véritable neo-western conscient de son héritage. Un véritable film de super-héros conscient de ce qu’il est censé représenter. Sa violence salvatrice, jamais gratuite mais traduisant le mal qui ronge ses personnages. La précision de sa narration, malgré les fautes de sa seconde partie. Ses personnages très forts dans ce qu’ils peuvent représenter pour le public. Ses tonalités post-apocalyptiques empruntées au magnifique Old Man Logan. Sa conscience socio-politique cette fois très contemporaine de l’Amérique trumpiste. La photographie assez incroyable de John Mathieson qui intègre parfaitement les codes du western. Et ces séquences d’action très modernes, très énergiques, qui viennent briser le rythme relativement posé de l’ensemble pour mieux signifier que ces personnages ne seront jamais tranquilles s’ils n’affrontent pas directement leurs démons. Autant d’éléments qui font de Logan un film à part, un film puissant qui ne cède pas aux effets de mode ou au calibrage habituellement imposé par Marvel, un film qui joue la carte de la retenue mais sait laisser exploser sa rage. Un film qui, s’il avait bénéficié de la même qualité d’écriture pour ses bad guys que pour ses « héros », avait tout pour devenir un petit classique instantané du genre. Mais malgré ses quelques menus défauts, Logan est une bénédiction pour tous les déçus de tous ces films de super-héros fades, gris, sans intérêt et sans vie qui trustent les écrans et les sommets du box-office depuis des années.

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