L’influence de Blow Up au cinéma

La projection de Blow Up de Michelangelo Antonioni, en copie restaurée à Cannes Classics, est l’occasion de revenir sur l’influence considérable qu’a eu le long métrage de 1966. À l’instar de Metropolis, du Faucon Maltais ou des Sept samouraïs, Blow Up est une œuvre matricielle dont les codes narratifs, visuels et thématiques continuent d’influencer de nombreux cinéastes. Retour sur quelques exemples célèbres.

Les frissons de l’angoisse

Dario Argento fut l’un des premiers à s’emparer du film de 1966, pour en faire l’un des fils conducteurs de son œuvre. Dès son 1er long métrage, L’oiseau au plumage de cristal, il réinjecte les obsessions plastiques d’Antonioni dans le cadre d’un genre populaire en Italie, le Giallo. Cette obsession pour les décors baroques, le décryptage d’une image ou d’un souvenir sur fond d’enquête policière aux accents horrifiques dus à la violence des meurtres, trouvera son apothéose avec Les frissons de l’angoisse (Profondo Rosso) en 1975. Porté par des expérimentations visuelles encore aujourd’hui impressionnantes, le film permet de retrouver David Hemmings, héros de Blow Up, dans une enquête ésotérique, parfait contre point au film de 1966.

Conversation secrète

Suite au triomphe du Parrain, Francis Ford Coppola peut concrétiser ce projet personnel dans la foulée du deuxième volet des aventures de Michael Corleone. Conversation secrète, long métrage typique de l’ambiance paranoïaque des 70s, narre les péripéties de Harry Caul, brillamment interprété par Gene Hackman, un expert en filature qui apprend par l’intermédiaire d’un enregistrement sonore que le couple qu’il suit est en danger de mort. Prenant le contre pied de son précédent succès, Coppola livre un thriller intimiste qui témoigne d’une réappropriation personnelle de l’œuvre d’Antonioni. Catholique solitaire et asocial, Caul peut se voir comme le pendant fictif de son auteur, ancien enfant atteint de la polio contraint de vivre reclus dans sa maison une partie de sa jeunesse.

I… comme Icare

Génie mésestimé du cinéma français qui mériterait amplement d’être réhabilité, Henri Verneuil est l’auteur d’une filmographie comptant une flopée d’œuvre importantes. À la fin des années 70 le succès de ses différentes collaborations avec Jean-Paul Belmondo l’amène à mettre en chantier ce qu’il considérait comme l’un de ses films les plus personnels. Prenant place dans un pays fictif, I… comme Icare traite de manière détournée de l’assassinat du président américain Kennedy. Ce point de départ est propice à une puissante allégorie sur les troubles socio politiques et l’auto conditionnement des individus. Bénéficiant d’une mise en scène architecturale qui n’a rien à envier à Antonioni et d’un Yves Montand impérial, le film d’Henri Verneuil est avant tout l’œuvre d’un humaniste brisé.

Blow Out

L’hommage le plus célèbre et vénéré à Blow Up, au point que beaucoup le considèrent comme supérieur à son modèle. À l’instar de Dario Argento, Brian De Palma a puisé dans le film de 1966 pour bâtir une œuvre personnelle mêlant une mise en scène baroque héritée d’Alfred Hitchcock à ses préoccupations sur les troubles de l’Amérique post-Kennedy. Blow Out est probablement celui qui aura poussé le plus loin cette démarche à travers le portrait de Jack Terry, ingénieur du son pour le cinéma témoin involontaire d’un meurtre qu’il tente inlassablement de décrypter. Véritable condensé du meilleur de la filmographie de l’auteur de Scarface, Blow Out est aussi une œuvre extrêmement personnelle au romantisme noir comme en témoigne sa fin.

Minority Report

À l’instar des Fils de l’homme et Idiocracy, le film de Steven Spielberg hérite du triste honneur d’être l’une des œuvres les plus visionnaires sur les dérives de nos sociétés. Adapté d’une nouvelle de Philip K. Dick, Minority Report imagine comment la brigade Précrime parvient à empêcher les crimes avant qu’ils ne soient commis. Un système parfait jusqu’à ce que l’inspecteur John Anderton (excellent Tom Cruise à contre emploi) soit à son tour accusé d’un futur meurtre. Outre la description minutieuse des avancées technologiques et sociales qui ne relèvent quasiment plus de la science fiction, la grande force de Minority Report réside dans son traitement intuitif de thématiques philosophiques. Le spectre d’Antonioni, côtoie le simulacre de Baudrillard, le ruban de Moebius, les penseurs antiques ou la question du happening narratif comme en témoigne son faux happy end.

Ennemi d’état, Déjà vu et L’attaque du métro 123

À l’instar d’Henri Verneuil précédemment cité, Tony Scott est un cinéaste dont la réhabilitation reste à faire. Au début des années 90, le réalisateur cherche à mieux appréhender le style visuel qui l’a fait connaître. En résultent des œuvres passionnantes à plus d’un titre, dont certaines font écho au propos d’Antonioni dans Blow Up. Ennemi d’État, thriller paranoïaque dans lequel nous retrouvons Gene Hackman, Déjà vu, histoire d’une enquête temporelle sur un attentat avec Denzel Washington et L’attaque du métro 123, film d’action centré sur un employé souterrain. Trois longs métrages qui témoignent de la fascination du cinéaste britannique pour le décryptage d’images. À travers ces longs métrages atypiques prenant pour cadre des genres codés, Scott témoigne de son affection pour les gens ordinaires obligés de décoder et contrôler les images dont ils sont témoins pour réussir leurs exploits. Probablement l’un des plus beaux et atypiques hommages que l’on pouvait faire au maitre italien.

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