Le Roi Arthur : la légende d’Excalibur – Critique

A priori, il n’était pas évident d’associer Guy Ritchie, cinéaste hystérique peinant à donner du corps à ses projets, et le cycle arthurien, vaste champ de légendes fondatrice de la Bretagne. Et en effet, l’association a tout d’une greffe d’organe ne pouvant mener qu’à un rejet. Et à choisir entre le rejet du « style » Ritchie et le rejet du cœur de ces légendes, c’est la seconde option qui a été choisie. Cela donne naissance à un étrange film-monstre, parfois spectaculaire, souvent grossier, généralement agaçant et un brin ennuyeux. Mais Le Roi Arthur : la légende d’Excalibur est assez fascinant dans son ratage et ses excès.

Le cycle arthurien et le cinéma… une grande histoire quand les légendes se sont retrouvées entre les mains expertes de John Boorman pour son chef d’œuvre Excalibur, ou des Monty Python pour un autre chef d’œuvre d’un autre genre, Sacré Graal. Une histoire un peu moins grande quand Antoine Fuqua s’est mis en tête d’en livrer un version « réaliste » avec son Roi Arthur, voire carrément minuscule pour qui se souvient du Lancelot de Jerry Zucker. Mais tout ça, c’était avant que Guy Ritchie, littéralement « à la dérive » depuis que Matthew Vaughn ne lui sert plus de garde-fou, ne se mette en tête de réinterpréter le mythe. Après Sherlock Holmes, bagarreur notoire, et The Man from U.N.C.L.E., le voilà qui s’attèle à moderniser une autre institution. D’un tout autre calibre toutefois. Évidemment, il faudra éviter toute comparaison avec le chef d’œuvre séminal de Boorman tant Le Roi Arthur : la légende d’Excalibur n’a plus rien à voir avec cette vision très classique du cycle arthurien. Le film n’a d’ailleurs plus rien à voir avec le cycle arthurien tout court car, hormis quelques noms qui résonneront naturellement, le mythe dont il reprend le titre est tout simplement absent. Alors oui, on y trouve un dénommé Arthur, héritier du trône de Camelot. Un Vortigern, un Uther Pendragon, un Merlin dont il est fait mention mais qu’on ne verra jamais vraiment, un Perceval, un Mordred, un Bédivère… mais à part la filiation entre Uther et Arthur et la présence d’une épée scellée dans une pierre qui ne peut être arrachée que par l’héritier du trône, les autres personnages n’ont absolument rien à voir avec leurs homonymes des légendes arthuriennes. Si le titre avait été « Le Roi Kevin », cela ne poserait pas le moindre problème. Mais c’est bien « Le Roi Arthur »…

Pourtant, le temps d’une séquence d’introduction particulièrement spectaculaire, l’impossible parait possible. En faisant abstraction du fait qu’Uther Pendragon affronte Mordred bien sur, étant donné que selon la légende il s’agit de son petit-fils et qu’à ce moment il n’est pas censé exister. La séquence, assez longue, fonctionne très bien. Guy Ritchie met son montage hystérique de côté, bâtit quelques plans hallucinants, montre des créatures gigantesques et des actes héroïques, peint des icônes avec sa caméra. Ça n’a rien de bien original, ça a été fait en 1000 fois mieux par Peter Jackson pendant 6 films, mais il s’en dégage une ampleur considérable. Puis vient le générique et la nature bâtarde du long-métrage apparait. En chassant le naturel, il revient logiquement au galop et Le Roi Arthur : la légende d’Excalibur commence à tomber dans le montage haché sur fond de voix off « cool ». Arthur y est dépeint comme un branleur qui gère son petit business et apprend la boxe avec un maître de kung-fu nommé Georges. On est bien chez Guy Ritchie. Mais c’est encore supportable, même si le découpage peut provoquer une certaine sensation nauséeuse. C’est quand les deux styles se confrontent que le projet s’écroule. On ne pourra pas reprocher au réalisateur d’avoir tenté l’expérience, ni d’avoir cherché à apporter une vision très personnelle de tout cet univers. Mais parfois, avec toute la meilleure volonté du monde, ce qui est par nature incompatible le reste. Bien plus proche de Zack Snyder que de Tsui Hark dans son approche de la narration et de la mise en scène de séquences d’action, il accouche le plus souvent d’une forme de bouillie visuelle dont se détachent quelques plans iconiques en diable mais sans la moindre consistance. Du ralenti, de l’accéléré, parfois les deux en même temps… Le Roi Arthur : la légende d’Excalibur ne manque pas d’effets de style, mais ils manquent cruellement de sens. Certaines séquences fonctionnent très bien, à l’image du voyage d’Arthur dans le « Darkland », d’autres s’avèrent dramatiquement pauvres malgré toute l’énergie qui y est déployée. Guy Ritchie confond une nouvelle fois vitesse et précipitation, fait s’étirer des séquences bien plus que de raison mais torpille sa narration à grands coups d’ellipses bien trop importantes. Le Roi Arthur : la légende d’Excalibur souffre ainsi de ce mode de narration très aléatoire, maladroit, qui en ajoute là où il faudrait en enlever et inversement. Si c’est de l’expérimentation, elle n’est pas vraiment concluante.

Guy Ritchie a du mal à raconter son histoire autant qu’il peine à construire des personnages consistants. Pourtant, celui d’Arthur, héritier du trône ayant grandi dans la misère et qui va devoir apprendre à accepter ses responsabilités, est passionnant sur le papier. Mais il est traité par dessus la jambe, et interprété par un Charlie Hunnam inexistant, dirigé dans une composition simpliste. Côté seconds rôles, c’est encore pire. Le Roi Arthur : la légende d’Excalibur réunit pourtant un casting impressionnant, avec des grands acteurs. Mais ils traversent le film, certains absents, d’autres dans une interprétation tellement outrancière qu’elle tombe dans le ridicule. A l’image de Jude Law. Pourtant, si le film est très incohérent et ressemble plus à un Robin des bois qu’à un Roi Arthur, souvent hystérique pour pas grand chose, extrêmement grossier, il s’en dégage par moments quelque chose de puissant. Contrairement à un Tsui Hark dominant le chaos pour en tirer un discours, une matière, Guy Ritchie se laisse porter par ce chaos. Et logiquement, il en émerge des choses fascinantes, même si sporadiques. Un plan par ci, une scène par là. Des éléments épars qui peuvent venir titiller la rétine, à l’image d’un combat final assez impressionnant qui convoque toute une mythologie visuelle issue de jeux vidéo qui en mettaient plein la vue. Là où une approche punk du cinéma peut parfois créer des merveilles, celle dans Le Roi Arthur : la légende d’Excalibur finit par ruiner le projet. L’aspect épique finit par s’évaporer, ne restent qu’une poignée de séquences visuellement très fortes et la composition assez incroyable de Daniel Pemberton. Une composition hybride, étrange, qui parvient à transcender des scènes ratées. Mais au final, cela ne pèse pas lourd et Le Roi Arthur : la légende d’Excalibur est bel et bien une œuvre bâtarde qui n’a pas hérité que des meilleurs aspects de son hybridation contre-nature.

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