La Terre et le sang – Critique

Film après film, Julien Leclercq s’affirme comme un de nos plus solides artisans. De la série B efficace et soignée, qui va droit au but et ne s’embarrasse pas de digressions inutiles. Avec La Terre et le sang, il touche même à une forme d’aboutissement tant plus rien ne dépasse de ce western rural comme on n’en fait plus.

On ne va pas se voiler la face. On manque en France de vrais et nobles artisans du cinéma de genre et en particulier du cinéma d’action. Ces dernières années, certains de nos meilleurs n’arrivent plus à financer leurs projets ou se voient contraints de signer des comédies très grand public sans grande saveur. Julien Leclercq fait figure d’exception. Film après film, il radicalise son cinéma qui prend également en maturité. En progression constante, il avait offert il y a deux ans son plus beau rôle à Jean-Claude Van Damme depuis JCVD (qui date tout de même de 2018, déjà). Et cette année, il revient mais via Netflix avec La Terre et le sang. Un titre magnifique et plein de promesses pour un film qui les tient toutes. Pas un « grand film » mais une grande série B qui assure un spectacle constant et qui tient le spectateur à la gorge tout au long de ses 1 heure et 20 minutes dégraissées au maximum.

L’intrigue est des plus simples : un type qui n’a plus grand chose à perdre va défendre ce qui lui reste, à savoir sa fille et ses valeurs morales, face à l’assaut de gangsters venus armés jusqu’aux dents pour récupérer un sac rempli de drogue. On a droit à une exposition en deux temps des plus efficaces, avec une rapide présentation du personnage principal d’un côté, chez un médecin qui lui annonce grosso modo qu’il est atteint d’un cancer et qu’il va bientôt en mourir. Et de l’autre le braquage d’un commissariat pour récupérer de la cocaïne saisie. Les dialogues jouent clairement sur l’économie, le découpage est aiguisé et la mise en scène au plus proche des personnages. Résultat, ça va à l’essentiel et quand ça flingue, ça ne fait pas semblant. Sans en faire des tonnes, Julien Leclercq et son co-scénariste Jérémie Guez vont dresser le portrait d’une ruralité qui se meurt mais sans misérabilisme. De la même façon qu’il aborde les jeunes délinquants en réinsertion. Gentiment mais surement, il amène le film vers son coeur, à savoir un affrontement dans un décor rural comme on n’en voit plus beaucoup. En gros, les gangsters débarquent sur le terrain de la scierie au bout d’une trentaine de minutes. Et on ne va pas se mentir, c’est exactement ce qu’on attendait. A partir de là, le film trouve clairement son identité de western rural avec des grosses touches de survival champêtre et de film de siège.

Une vieille tradition du cinéma de genre français qu’Eric Valette avait formidablement déterré avec Le Serpent aux mille coupures. On repense ça et là à Total Western, à Canicule ou La Traque. Voire même à Piège de cristal. Mais Julien Leclercq trouve son propre style, sa propre identité, qui font de La Terre et le sang un objet assez unique. Quand la chasse se met en place, l’action se fait de plus en plus présente et le suspense s’installe durablement. On y trouve des séquences de poursuite en forêt d’une énergie assez folle, des séquences dignes d’un thriller d’infiltration dans lesquelles le décor est largement mis à contribution, des fusillades brèves mais toujours efficaces et bien construites, et même quelques scènes qui laissent une belle place à la sauvagerie voire au gore (dans une scierie, il serait dommage de s’en priver). Julien Leclercq soigne sa mise en scène sans rechercher nécessairement la belle image. Il convoque volontiers une certaine imagerie du western qui s’intègre parfaitement à son récit. Peu de place à la nuance, avec des gentils d’un côté qui vont buter des méchants qui les attaquent, et c’est tout ce qu’on demande à ce genre de production. De l’efficacité et peu de bla-bla. Et on est servi, avec juste ce qu’il faut d’action et de stratégie. Tout est toujours très lisible et la géographie des lieux est utilisée à merveille, avec quelques très belles idées et des séquences qui flattent la rétine. Même si on peut parfois regretter une photographie un peu terne, cherchant à retranscrire la grisaille des Ardennes.

L’efficacité de La Terre et le sang doit énormément à la nouvelle performance de son interprète principal. Sami Bouajila a la gueule de l’emploi pour briller dans le cinéma de genre et le talent pour donner de la substance à des personnages pourtant archétypaux. Face à lui, Eriq Ebouaney apporte tout son charisme à une figure de bad guy implacable et cruel qui fait plaisir à voir. Tout ce qu’on était en droit d’attendre de La Terre et le sang est au rendez-vous, avec de solides interprétations et beaucoup d’application dans l’exécution. Julien Leclercq confirme film après film qu’il en a encore sous le coude et on ne peut que se réjouir de voir un tel film qui ne s’embarrasse de rien de superflu, ne cède rien au cynisme et va jusqu’au bout de son concept.

3.5

Votre avis ?

0 0
eleifend porta. nec ut pulvinar Donec tristique Praesent