La Fille aux deux visages – Critique

Critiques Films
2.5

4.2

Lecteurs

Nouvelle tentative de cinéma horrifique en France, La Fille aux deux visages est le premier film de Romain Serir de l’association Ciné Fuzz qui édite depuis plusieurs années de nombreux podcasts et vidéos consacrés au 7ème art sur You Tube et Sound Cloud, tout en réalisant de nombreux courts métrages. Un premier long métrage qui s’inscrit dans cette mouvance de plus en plus importante de productions indépendantes cherchant à sortir des sentiers battus.

Narrant les péripéties de Clarisse, une femme séquestrée par Marc, un jeune chirurgien qui souhaite faire revivre sa défunte épouse en lui greffant son visage, La Fille aux deux visages de Romain Serir propose une intrigue classique s’inscrivant dans une tradition fantastique, du Frankenstein de James Whale aux Yeux sans visage de George Franju. La principale force de La Fille aux deux visages tient justement dans ce tribut envers toute une tradition oubliée du fantastique hexagonal, à mi-chemin entre naturalisme et onirisme. Le film se distingue de la concurrence en refusant tout effet et thématique à la mode. Pas d’approche psychologique superficielle, pas de synthwave comme illustration musicale. Quant au fétichisme vintage, bien que présent, le choix du noir et blanc permet de donner un plus-value à certains effets usités, comme le split-screen. En dehors d’emprunts visibles à Franju et De Palma dans le dernier acte, l’ensemble reste suffisamment en retrait pour que des non initiés puisse apprécier le film.

La courte durée de ce dernier, 1H15, permet au récit d’aller droit à l’essentiel, en évitant de nombreuses circonvolutions narratives et thématiques. Le fait d’avoir délimité l’histoire à un seul lieu est également un facteur d’efficacité narrative. Un classicisme revendiqué qui va de pair avec une réalisation sobre pour ne pas dire humble, proposant régulièrement de belles idées visuelles. Notamment lorsque le chirurgien retire progressivement les bandelettes de Clarisse, où lors du meurtre final qui superpose deux identités au sein du même cadre. L’utilisation du noir et blanc confère à de nombreuses scènes une esthétique beaucoup plus soignée et onirique. Un vrai souci de « production value » qui se répercute dans « la cave à souvenirs » fourmillant de détails auxquels le chef opérateur Stanislas Cadeo vient apporter une touche expressionniste bienvenue, qui confère à la scène une ambiance intemporelle soulignée par une chanson anachronique. La sobriété de l’ensemble, y compris de l’interprétation, démontre la faculté de son réalisateur à tirer le meilleur parti des faibles moyens à sa disposition. Serir privilégie la suggestion au démonstratif, son long métrage n’en est que plus attachant. Cependant ces qualités qui découlent d’une profession de foi cinématographique qui force le respect au regard des standards actuels, y compris dans le cinéma fantastique hexagonal, ne permettent pas à La Fille aux deux visages d’être une totale réussite. Si le film s’avère agréable à suivre du fait de sa courte durée et du soin apporté à l’ensemble, il ne peut totalement se dépêtre d’un aspect « cheap » qui malmène l’ensemble, notamment au niveau de la direction artistique, donnant par moment l’impression d’un film de fin d’études auquel il manquerait un peu de moyens, pour être à la mesure de ses ambitions artistiques.

La Fille aux deux visages souffrant également des tares inhérentes au premier long métrage. La volonté d’expérimenter de nombreuses idées qui ne demandent qu’à être peaufinées sur de futures travaux. Ici c’est l’utilisation des différents formats qui s’avère maladroite. Si cette donnée est cohérente avec la volonté de traduire l’oppression de son protagoniste principal, l’exécution à l’écran s’avère par moments maladroite, notamment dans le dernier acte où le split-screen est utilisé de manière beaucoup trop artificielle pour susciter l’empathie du spectateur. Autant d’éléments qui dénotent quelque peu avec la tenue de l’ensemble, et qui font de La Fille aux deux visages une œuvre en devenir d’avantage qu’un long métrage accompli.

Malgré ses défauts inhérents au système D et au premier long métrage, La Fille aux deux visages reste une œuvre indépendante à découvrir, de part sa belle facture et la profession de foi qui en découle. En espérant que Romain Serir et son équipe bénéficient enfin des moyens qu’ils méritent, pour que cet encourageant premier essai se transforme en une totale réussite dans un futur proche

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