Kong: Skull Island – Critique

Critiques Films
2.5

Plus de 10 ans après le chef d’œuvre de Peter Jackson, King Kong revient sur les écrans dans Kong: Skull Island, un film étrange et anachronique. Seconde pierre d’un édifice bâti par Warner pour faire renaître aux USA une grosse saga de monstres essentiellement venus de la pop culture japonaise, le film de Jordan Vogt-Roberts tranche radicalement avec toutes les incursions du gorille géants sur grand écran jusque là. Parfois pour le meilleur, souvent pour le pire, mais à travers une proposition de cinéma qui aura au moins le mérite d’être détonante.

C’est la grande mode aujourd’hui à Hollywood : appeler des réalisateurs de petits films indépendants qui ont pu faire parler d’eux pour les propulser à la barre de productions titanesques. C’est ce qui se fait chez Marvel mais également chez Warner qui, après avoir offert Godzilla à Gareth Edwards, offre King Kong à Jordan Vogt-Roberts, réalisateur de The Kings of Summer présenté à Sundance en 2013. Et cela en vue de préparer le terrain à toute une série de films piochant dans le bestiaire de la Toho, de Mothra à King Ghidorah en passant par Rodan. Pourquoi pas. Mais avec Kong: Skull Island, un virage à 180° est pris après le très dépressif Godzilla version Edwards. Dès le second film donc, l’omniprésence d’éléments comiques qui avait quelque part plombé la saga originale de Godzilla, s’invite à la fête dans un film qui peine à trouver sa tonalité. Il ne faut pas s’attendre à retrouver la grande aventure et le lyrisme du King Kong original, ou de la relecture de Peter Jackson, ni même une variation très sérieuse autour d’Apocalypse Now qu’a pu nous vendre une campagne de promotion très efficace. Dans le ton, Kong: Skull Island serait plus proche d’un Tropic Thunder que d’un Platoon ou d’un Apocalypse Now. Un ton assumé et qui n’a pas peur du ridicule même s’il se prend régulièrement les pieds dans le tapis. Et si tout cela est tout de même très loin de fonctionner sur la durée, il faut bien avouer que voir Warner produire un truc autant en roue libre, et ce après le déjà bien fucked up Gods of Egypt, possède quelque chose de réjouissant. Mais évidemment, cela serait encore mieux si la production exerçait un minimum de contrôle afin que ces projets ne partent pas dans le grand n’importe quoi, ce qui est souvent le cas ici. Car ce qui prédomine est la sensation d’un film plein d’ambition mais qui ne sait pas trop sur quel pied danser, tiraillé entre un propos qui se voudrait extrêmement sérieux, voire grave, et une approche pulp complètement décomplexée, parfois plus qu’à la limite de la parodie.

Kong: Skull IslandLe côté schizophrène du film a quelque chose de fascinant et d’agaçant à la fois. Avec d’un côté un grand spectacle pété de thunes capable d’en mettre plein les yeux, et de l’autre une construction narrative aberrante, et un second degré parfois tellement poussé qu’il tombe dans du pur cynisme. On se trouve là face à un film à près de 200 millions de dollars qui est en réalité une production complètement gonzo. Et s’il est parfois difficile de saisir à quel point le réalisateur est honnête (sommes-nous face à un « hommage » parodique ou se moque-t-il des excès du genre avec dédain ?), l’absence de sérieux de l’ensemble ne fait aucun doute. Et ce dès la première séquence qui se poile en refaisant le Duel dans le pacifique de Boorman. À grands coups de personnages ouvertement comiques, qu’il s’agisse de celui très attachant campé par John C. Reilly (formidable, tout en étant le seul à bénéficier d’un personnage un brin écrit) ou d’un Samuel L. Jackson en roue libre lâchant de la punchline à chaque fois qu’il ouvre la bouche, Kong: Skull Island va dérouler un récit aux enjeux anecdotiques et qui balaye des thématiques fortes d’un revers de main. La défaite au Vietnam ? Une figurine de Nixon, un bon jukebox de rock et quelques répliques de Jackson. La régulation naturelle ? Trois fois rien à raconter là-dessus. L’amour platonique entre la belle et la bête ? Quatre plans pour l’expédier. Au niveau de l’écriture, le film est une calamité. Intrigue bidon, personnages inexistants, narration surréaliste… on fait plus que friser la catastrophe industrielle. Pourtant, le spectacle proposé demeure réjouissant. En quelque sorte.

Kong: Skull Island

Tout simplement car il s’agit d’un spectacle complètement dégénéré. Avec ses acteurs qui froncent les yeux en prenant tout ça très au sérieux, Kong: Skull Island propose un spectacle gonzo comme on n’en voit que très rarement à ce niveau de budget. Le réalisateur organise une grande foire au money shot, cherchant plus le plan qui tue plutôt que le plan qui aura du sens, accouche de quelques séquences d’action assez impressionnantes (même s’il convient de relativiser, notamment en comparaison du film de Peter Jackson ou de Pacific Rim auquel Kong: Skull Island tente de se frotter à plusieurs reprises) mais agence tout ça n’importe comment. Alors il y a de quoi s’amuser pendant deux heures, il y a également de quoi se marrer, et pas seulement avec les vannes des personnages (les plans très poseurs au ralenti, notamment devant les aurores boréales, sont assez drôles). Mais il y a également de quoi rester circonspect devant certains choix, qu’une approche pulp ne justifie pas toujours. Ou devant un montage souvent incompréhensible. Non pas au sein d’une même séquence mais au niveau de la narration qui part un peu dans tous les sens, ne sachant plus trop quel personnage il faut traiter (mention spéciale à la pauvre Tian Jing qui n’a sa place que pour satisfaire la société chinoise qui coproduit). Il vaut mieux ne pas chercher de cohérence dans tout ça et apprécier le film pour ce qu’il est : un film de monstres façon serial bis comme le kaiju eiga a pu en produire à la chaîne et avec beaucoup moins de moyens. Un spectacle dégénéré qui ne se prend pas vraiment au sérieux, n’a rien à raconter, cherche constamment le ton juste, mais cherche à en mettre plein les yeux. Ce qu’il réussit souvent, même avec les filtres Instagram de la photographie de Larry Fong. Typiquement le genre de film qui aurait été un immense succès de vidéoclub il y a 20 ans, d’autant plus qu’il faut bien admettre que les effets spéciaux sont très impressionnants et notamment Kong dont chaque scène est un tour de force.

Enregistrer

2.5

Lost Password

972fa954f00dc48c78c901f1fd3a1f29^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^