Harmonium – Critique

Critiques Films
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Avec dans la poche le prix du jury au Certain Regard lors du dernier festival de Cannes, Harmonium a débarqué dans les salles françaises ainsi qu’au festival Kinotayo précédé d’un accueil critique très positif. Le nouveau film de Kôji Fukada, malgré certaines qualités, s’avère pourtant bien en deçà de ce que son troublant pitch prometteur laissait suggérer.

En 2006 Kôji Fukada développe à travers un synopsis de trois pages ce qui deviendra Harmonium. L’idée de base portant sur la violence et la solitude attendra une dizaine d’années avant de voir le jour par l’intermédiaire d’une coproduction franco japonaise rendue possible grâce à Masa Sawada, Kôichirô Fukushima et Yoshito Ohyama fidèles collaborateurs de Naomi Kawase. Dix ans d’attente également dûs au fait que le cinéaste devait convaincre des interprètes célèbres de rejoindre le projet. En dehors de son acteur fétiche Kanji Furutachi, le cinéaste s’entoure de Tadanobu Asano dont la présence est mise en avant durant la promotion, ainsi que de la comédienne Mariko Tsutsui (Antiporno) qui prendra plus de 13 kilos pour les besoins du tournage, et deux actrices pour jouer le rôle de Horu la fille du couple à différents âges, Momone Shinokawa et Kana Mahiro. Le tournage se déroule en moins d’un mois avec les fidèles collaborateurs du cinéaste. Le chef opérateur Ken’ichi Negishi et le chef décorateur Kensuke Suzuki.

Toshio (Kanji Furutachi), garagiste, reçoit la visite de son ancien ami Yasaka (Tadanobu Asano) venant tout juste de sortir d’une dizaine d’années de prison. Toshio accepte de l’accueillir et de lui fournir un emploi. Yasaka en profite pour apprendre l’harmonium à Hore (Monome Shinokawa) et se rapprocher d’Akié (Mariko Tsutsui) l’épouse de Toshio. Sur un postulat qui n’est pas sans évoquer un thriller, Fukada préfère miser sur la suggestion et le non dit, une bonne manière de laisser le trouble dans l’esprit du spectateur et d’instaurer une ambiance pesante. Malheureusement Fukada délaisse le potentiel de son histoire pour s’attarder sur une description quotidienne qui, si elle s’accompagne d’une réelle progression narrative, s’avère malheureusement dépourvue du moindre intérêt à cause d’une réalisation conventionnelle qui échoue à susciter la moindre émotion autre qu’intellectuelle. Grand admirateur du cinéma d’Éric Rohmer qu’il considère comme son plus grand maitre, Fukada reprend à la lettre l’approche tout en retenue caractéristique du cinéaste de Ma nuit chez Maud. À savoir une grammaire cinématographique limitée, tombant dans le pastiche. Harmonium n’est guère différent d’une tendance cinématographique actuelle qui consiste à reproduire mécaniquement et superficiellement les codes de cinéastes de renom, afin de rassurer un public en territoire conquis.

S’il est évident que l’approche de Fukada est d’une sincérité que l’on ne saurait remettre en question, elle traduit malheureusement une absence totale de prise de risque ou d’une quelconque affirmation d’une personnalité artistique qui lui permettrait de sortir du tout venant de la production cinématographique actuelle. Pourtant si Harmonium n’évite pas les écueils caricaturaux qui ont fait la renommée de Rohmer auprès de l’intelligentsia culturelle internationale, Fukada semble néanmoins privilégier l’humain permettant à ses interprètes de livrer des prestations convaincantes à l’opposé du pompiérisme et de la théâtralité de son mentor cinématographique.

Par ailleurs quelques éclairs de génie, malheureusement trop rares, viennent illuminer Harmonium. Il s’agit de passages oniriques, placés à des endroits stratégiques du récit, et ayant trait à la solitude d’Akié. Cette dernière revoit sa fille au bord d’une plage, ainsi que Yasaka sur le toit de sa maison alors qu’elle est en train de faire le linge. Filmés au ralenti ses instants oniriques à la symbolique certes convenue témoignent d’une volonté de sortir le film du carcan normatif dans lequel il s’enferme. D’autant que le cinéaste parvient sporadiquement à provoquer une certaine mélancolie dans la dernière partie du métrage et qui contraste quelque peu avec le bonheur du début. Malheureusement toute ses qualités s’avèrent minimes au regard du reste qui a bien du mal à trouver sa voie entre le naturalisme de sa démarche, les faux semblants oniriques et le quotidien misérabiliste d’une famille sur huit ans. Autant d’éléments très convenus y compris dans ses cheminements intellectuels qui l’empêche de sortir du lot.

Malgré un amour sincère à l’égard de ses modèles cinématographiques, Harmonium reste prisonnier de sa propension à vouloir bien faire. Convenu et attendu le film de Kôji Fukada peine à trouver une singularité émotionnelle qui lui permettrait de sortir du tout venant de la production auteuriste internationale. C’est d’autant plus dommage que le cinéaste préparait ce projet depuis plus de 10 ans et qu’il s’avère très doué pour la direction d’acteurs, On ne peut que lui souhaiter d’arriver à trouver son propre style en accord avec la teneur de ses scripts.

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