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Halloween, la nuit des masques – Critique

Bien qu’il ne soit pas le premier slasher, Halloween de John Carpenter reste incontestablement l’une des pierres angulaires de ce sous-genre très codifié du cinéma horrifique. En cette journée du 31 octobre, il est toujours bon d’expliquer en quoi cette œuvre est devenue rapidement un classique. Autopsie d’un film culte !

Film de commande à l’initiative des producteurs Irwin Yablans et Moustapha Akkad , il est généralement le premier slasher qui nous vient à l’esprit, quand on évoque ce genre. Bien qu’il fasse de nombreuses références ou allusions à l’un de ses prestigieux précurseur (ou protoslasher), le fameux Psychose d’Alfred Hitchcock. Que ce soit au travers du personnage du Dr Loomis (Donald Pleasence), un hommage à Sam Loomis (John Gavin), l’amant de Marion Crane (Janet Leigh). L’autre référence détournée est une suggestion de la co-scénariste Debra Hill. Il s’agit de la présence de la fille de Janet Leigh au casting, qui n’est autre que l’une des désormais célèbres scream queens : Jamie Lee Curtis dans le rôle de Laurie Strode. A noter que Janet Leigh a d’ailleurs un rôle dans le film anniversaire, Halloween, 20 ans après de Steve Miner. Ce dernier faisant également de multiples références à Psychose. La boucle est bouclée ! Provisoirement intitulé The Babysitter Murders, la qualité et le succès du rebaptisé Halloween par John Carpenter, bénéficie du mouvement du Nouvel Hollywood qui a commencé à la fin des années 60 jusqu’au début des années 80. Une forme de contre-culture qui se caractérise par la prise de pouvoir des réalisateurs au sein ou en marge des grands studios américains et qui osent représenter des thèmes radicaux et tabous (la violence et la sexualité dans ce cas précis), en les mettant au premier plan de l’intrigue. Même si Halloween ne possède aucune scène gore, John Carpenter n’hésite jamais à montrer une violence souvent crue. Une fois encore, à l’instar du Nouvel Hollywood, il renouvelle également les genres classiques du cinéma américain, en s’affranchissant des conventions de ceux-ci, tout en les déconstruisant. C’est notamment le cas du western, genre qu’il apprécie tout particulièrement, et qui parsème l’ensemble de sa filmographie. Pour Halloween, on le constate essentiellement par l’omniprésence du format scope, quand il filme les scènes de rue d’Haddonfield par exemple. Mais également, par l’arrivée en bord de cadre de Michael Myers en fin de plusieurs travelling ou autre mouvements de caméra. Une figure de style qu’on retrouve dans les westerns pessimistes de Sergio Leone, ou de façon optimiste dans ceux de l’inoubliable John Ford.

Dès son plan-séquence d’ouverture, en vue subjective, Halloween marque les esprits, en nous mettant dans la peau du tueur lors de son premier meurtre (celui de sa sœur), avant de démasquer celui-ci, tout en prenant de la hauteur et de la distance avec ce qu’il vient de se passer. Grâce a ce procédé, John Carpenter se met volontairement en retrait des méfaits de son personnage. Pour aller encore plus loin, le choix de montrer un jeune garçon n’est pas anodin. Avec ce parti pris, il brise l’archétype sacré de l’innocence que représente l’enfance. Tout comme placer l’action du récit dans une petite bourgade à l’apparence tranquille qui est une décision pleinement assumée. Car au delà d’une critique classique de la classe moyenne américaine, John Carpenter et Debra Hill montrent également que l’horreur et le crime peuvent être présents n’importe où, même dans une petite ville à l’apparence tranquille. Une thématique encore une fois régulière dans le cinéma du Nouvel Hollywood. Un concept récurent que bon nombres de cinéastes utilisent dès cette époque jusqu’à aujourd’hui. C’est le cas notamment de David Lynch avec Blue Velvet et Twin Peaks et plus récemment venant de la part de David Robert Mitchell et son It Follows. Une œuvre où le fantôme d’Halloween hante constamment la pellicule. Halloween possède également en son sein une référence à un autre film d’horreur majeur du Nouvel Hollywood, lors de l’arrivée à l’asile du Dr Loomis, avec les patients qui déambule dans le parc à la manière des zombies de George A. Romero dans La Nuit des Morts-Vivants.

Au delà d’inventer ou réinventer les codes du slasher (tueur masqué, arme blanche, final girl, etc…), Halloween a créé un symbole avec son personnage de Michael Myers : l’incarnation du Mal. Pas le mal, dans le sens religieux du terme, bien que la suite de la saga a voulu prendre cette fâcheuse direction ésotérique et religieuse. Preuve de l’incompréhension totale des producteurs vis à vis du travail scénaristique de John Carpenter et Debra Hill. Il s’agit en réalité de l’un des maux qui rongent notre société, celui de la tradition réactionnaire conservatrice et patriarcale qui s’oppose aux différents mouvements progressistes, ainsi qu’à la révolution sexuelle. Un mal qui ne possède pas de visage mais plutôt une forme, d’où le choix du masque. C’est d’ailleurs pourquoi le nom de Michael Myers n’est que très rarement cité, hormis dans l’introduction. Car même au générique celui-ci est mentionné sobrement The Shape (la forme, en français). D’ailleurs le psychiatre de ce dernier, le Dr Loomis, le nomme lui-même le Mal, et ne fait aucunement mention de lui comme étant un être humain. Dans ce sens, il privilégie le « quoi » plutôt que le « qui », quant il parle de lui avec une infirmière, alors qu’il s’apprête à lui rendre visite à l’asile. Pour continuer dans cette logique, on peut considérer que le personnage de Laurie Strode (Jamie Lee Curtis) qui lui fait opposition et lutte contre lui, est une des première héroïnes féministes de l’histoire du cinéma. Son courage, son intelligence et son look vestimentaire non sexué prédominent et luttent déjà contre les stéréotypes genrés, dans un duel sans fin. Car ce mal se relève toujours tel un zombie qui revient à la vie pour saborder toute potentielle avancée progressiste. Une recette que bon nombre de slasher n’ont que trop rarement pris en compte ou compris, hormis le regretté réalisateur Wes Craven avec des personnages comme Nancy Thompson (Heather Langenkamp) dans Les Griffes de la Nuit et Sidney Prescott (Neve Campbell) dans la saga Scream. 40 ans après sa création, Halloween n’a toujours pas vieilli. Ses thématiques intrinsèques combinées au talent de la mise en scène du Big John font de lui un film indémodable et toujours actuel dans ses propos. Il reste encore aujourd’hui, l’un des monuments du cinéma d’horreur et du cinéma tout court !

Summary
Bien qu'il ne soit pas l'œuvre fondatrice du genre, Halloween de John Carpenter est un film essentiel pour appréhender et comprendre le genre du slasher. Scénarisé avec talent aux côtés de Debra Hill, Carpenter réalise un long-métrage majeur du cinéma horrifique et l'un de ses premiers chefs d'œuvres. De nombreuses fois copié ou rebooté, Halloween reste encore aujourd'hui inégalé.
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