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Guilty of Romance : Interview de Sono Sion

Cette année Sono Sion était l’invité d’honneur d’une séance spéciale à la Quinzaine des Réalisateurs. Il est venu y présenter Guilty of Romance dans une version longue de près de 2h30. Interview d’un artiste iconoclaste et très attachant.

En quoi considérez-vous Guilty of Romance comme un film romantique ?

Je pense que ce film est véritablement romantique. Je ne dis pas cela du point de vue de l’amour, mais il traite de la femme et c’est en cela qu’il est romantique. Le titre Guilty of Romance provient d’un écrit du Marquis de Sade, Les Crimes de l’amour.

Guilty of Romance est considéré comme le troisième volet d’une trilogie, en quoi Love Exposure, Cold Fish et Gulty of Romance constituent une trilogie ?

Le point commun entre ces trois films vient surtout du fait qu’ils ont tous trois été inspirés d’un fait réel.

Est-ce qu’il y a eu une évolution au niveau du budget auquel vous êtes habitué? Par la présence de la Nikkatsu par exemple ?

Même en travaillant avec un studio tel que la Nikkatsu, mon budget est resté très restreint, et constituait toujours une limite. Le soucis est qu’avec un thème aussi agressif, personne ne souhaite investir beaucoup d’argent dans ce type de film au Japon.

On note pourtant dans Guilty of Romance une véritable évolution esthétique, en particulier au niveau de la photographie. Est-ce une volonté de faire évoluer votre cinéma dans ce sens ?

Je ne me rends pas vraiment compte de cette évolution. Je continue à faire des films sans vraiment faire attention à ces points-là.

Quel est votre rapport à la provocation dans un film ? En quoi peut-elle être liée à la poésie ?

Très souvent mes poèmes sont à la source de mes films, et ils sont déjà souvent provocateurs. C’est pour cette raison que même inconsciemment mes films versent dans la provocation.

On sent dans votre cinéma, et de plus en plus, une influence majeure du surréalisme. Est-ce assumé et en quoi vous sentez-vous proche des cinéastes surréalistes ?

Je suis clairement influencé par le mouvement surréaliste, mais là aussi c’est inconscient. Je ne cherche pas à afficher nécessairement ces influences. Et d’ailleurs je me sens tout aussi proche du cinéma surréaliste que de la peinture surréaliste.

Vous aimez filmer les corps de femmes. Dans Guilty of Romance on trouve beaucoup de corps nus donc le sexe n’est pas flouté, contrairement à toutes les productions japonaises. Pourquoi ce choix ?

Tout d’abord je déteste ce procédé de cache sur les images d’un film. De plus je mène depuis toujours un combat contre les institutions japonaises et pendant longtemps les censeurs ont imposé la présence de ces caches. Depuis peu ils ont assoupli ce mode de censure et il est possible de faire de tels films. Les censeurs ont pensé pendant longtemps qu’en imposant ce type de cache ils allaient faire disparaître les scènes de nu mais il semblerait qu’ils se soient trompés et ils commencent à renoncer à cette technique.

Est-ce que vous êtes en colère contre la société japonaise ?

Je suis toujours en colère, contre le Japon et contre l’univers tout entier. La colère est la force motrice pour faire du cinéma. Quand je dis que je suis en colère contre l’univers, cela veut dire que je me questionne sur pourquoi je suis né, pourquoi j’existe. Des questions basiques de la vie mais essentielles pour un artiste. Et ce sont ces questions existentielles qui me poussent à faire du cinéma.

Concernant les deux versions du film (montage de 2h23 présenté à Cannes et montage de 1h58 pour l’exploitation en salles), laquelle est votre favorite et pourquoi ?

Celle que je préfère personnellement est la version la plus courte. Mais la version longue me plait également beaucoup, c’est mon travail. Il se trouve qu’en raccourcissant le film, j’ai trouvé la version courte plus intéressante. C’est comme deux variations d’une même œuvre, différentes.

Que pensez-vous de l’accueil de vos films à l’étranger par rapport au Japon ?

Il y a trois ans, mes films n’étaient reconnus qu’à l’étranger. Au Japon ils étaient traités comme des films pornographiques. Depuis quelques temps les choses ont changé et mes films sont reconnus. Mes films sortent même au cinéma, sur un nombre de copies limité, mais ils sortent.

Quel est votre regard sur vos contemporains ? En particulier Shinya Tsukamoto, Kiyoshi Kurosawa et Takashi Miike desquels vous semblez le plus proche.

Tous les trois sont des cinéastes underground, pas moi! Mais il est vrai que je me sens bien plus proches d’eux que de la majorité des réalisateurs japonais dits « commerciaux » . Cependant, à partir de l’année prochaine les choses devraient changer puisque je vais beaucoup travailler à l’étranger. Financer mes films au Japon devient difficile.

Parmi ces projets à l’étranger, y’a-t-il Lords of Chaos ? Comptez-vous partir vers quelque chose de plus commercial justement?

Entre autres oui. Je compte tourner successivement en Europe, en Corée du Sud et aux Etats-Unis. Le scénario de Lords of Chaos est déjà écrit et le projet est très avancé, il n’évoluera que dans le style peut-être. Je suis quelqu’un qui aime beaucoup le changement donc il y aura une évolution dans mon cinéma. Si on me propose de tourner Transformers 4 je serais partant ! Je pense que toutes les expériences ne sont que des étapes et je n’ai pour l’instant réalisé aucun film qui soit véritablement accompli.

Vous ne considérez pas Love Exposure comme accompli ? Et d’ailleurs si vous jugez votre travail, quel est votre film favori ?

Non, je le trouve même assez médiocre. Mon film préféré est toujours le dernier, car je viens de le terminer. Aujourd’hui je pense que Guilty of Romance est mon meilleur film mais je souhaite en faire un beaucoup mieux la prochaine fois.

Vous qui avez touché à plusieurs formes d’expression artistique, comment considérez-vous le cinéma ?

Je ne considère pas mon travail dans la poésie comme très accompli donc je considère le cinéma comme mon seul moyen d’expression artistique, et je dois faire avec.

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