Festival du cinéma chinois en plein air : rencontre avec Marie Garino

À l’occasion de la 1ère édition du Festival du cinéma chinois en plein air à Lyon, nouvel évènement ayant pour but de faire découvrir une partie du cinéma asiatique à un large public, Marie Garino nous a accordé de son temps pour évoquer ce festival et la distribution du cinéma chinois en France.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je suis responsable des évènements et de la communication au nouvel institut franco-chinois. Une structure fondée en 2014 suite à la venue du président chinois à Lyon qui souhaitait commencer sa visite par celle de l’institut situé à l’espace Fort Saint-Irénée. Un lieu ayant accueilli 473 étudiants entre 1921 et 1946. C’est un « ovni » dans les relations entre la Chine et l’extérieur, un cas unique dans les relations entre Lyon et la Chine. On a donc créé ce nouvel institut pour promouvoir les relations entre la ville et la Chine à tous les niveaux : économique, culturel, touristique et associatif. Nous avons un musée qui relate l’histoire de ces étudiants venus à Lyon pendant 25 ans, mais aussi un espace dédié à l’art contemporain chinois où l’on reçoit de jeunes artistes. L’idée est de faire découvrir la culture contemporaine à un public qui a oublié cette histoire de l’institut et qui connait peu, ou mal, la culture chinoise. Nous avons également deux évènements au cours de l’année. L’un autour de la gastronomie et l’autre, en plein air, consacré au cinéma chinois.

Comment est née cette idée de créer un festival du cinéma chinois en plein air ?

L’idée était de faire partager un art connu du plus grand nombre. Le cinéma chinois est encore mal connu. Le but est à la fois de faire découvrir ou redécouvrir de grands classiques, d’où le choix d’In The Mood for Love de Wong Kar Wai, mais aussi de jeunes cinéastes. Cheng Xiaoxing vit entre la France et la Chine, nous avons choisi l’un de ses courts métrages, French Touch, pour son humour. On a vraiment conçu cet évènement comme quelque chose de grand public et d’accessible. C’est un évènement qu’on a souhaité gratuit et familial, pas du tout de niche, afin de faire découvrir ce cinéma à tout le monde.

La formule « un court métrage + un classique » était-elle envisagée dès le départ ou avez-vous réfléchi à d’autres possibilités ?

On avait réfléchi à d’autres possibilités. Ce qui m’intéressait c’était de faire découvrir un cinéma qu’on n’avait pas l’habitude de voir. J’ai pensé à divers titres mais ces œuvres n’étaient pas forcément tous publics. On souhaitait garder un aspect familial et ouvert à tous. L’autre problème majeur concerne les droits de distribution en France. Il y a de nombreux films que je souhaitais diffuser mais il fallait des sous-titres français. Payer des sous-titres coûte un peu cher surtout sur un long métrage. Il faut également avoir l’accord d’une boite de distribution pour diffuser le film. L’accord n’est pas difficile à avoir, cependant beaucoup de films chinois n’ont toujours pas été achetés par une boite de distribution locale. Pas mal de nos choix restent ainsi en suspens. Si on souhaite respecter la loi, on ne peut pas diffuser des films de nos choix s’ils ne font pas partie du circuit de distribution.

C’est un problème que l’on rencontre fréquemment quand on évoque la distribution de films asiatiques en France. Les droits sont souvent chers, aussi bien pour une œuvre ancienne que récente. C’est toute une aventure pour faire venir ce cinéma chez nous.

Ça limite beaucoup nos choix. Pour French Touch, nous avons contacté directement Cheng Xiaoxing, il nous a donné son accord et la copie. Le fait qu’il vivait en France nous a beaucoup aidés. On souhaitait qu’il vienne présenter son court au public, malheureusement son emploi du temps ne l’a pas permis. J’espère qu’il pourra venir l’année prochaine. Pour en revenir au festival du cinéma chinois en plein air, nous avons choisi le mois de juin parce qu’au même moment le centre culturel de Chine à Paris organise aussi un festival du cinéma Chinois en France dans différentes villes, dont Lyon, avec Pathé. Ce ne sont pas du tout les même films que nous, mais nous avons décidé de le faire en accord et en collaboration avec eux, dans le but de créer une dynamique du cinéma Chinois à Lyon. Faire notre évènement en même temps nous semblait plus pertinent. Le centre culturel de Chine diffuse des films très récents dont des grosses productions. Nous cherchions plutôt à faire découvrir des classiques.

Cette année le festival du film d’animation d’Annecy consacre une partie de sa programmation à la Chine, pensez-vous établir des liens avec cet évènement ?

On a pris contact avec eux, la Chine étant à l’honneur cette année. J’espère pouvoir m’y rendre. On aurait souhaité faire quelque chose ensemble d’un côté comme de l’autre, après il y a les contraintes budgétaires et de temps. On a pesé le pour et le contre avant d’en venir à la conclusion que notre 1ère édition devait rester généraliste. Cependant pour les éditions ultérieures nous aimerions diversifier notre programmation, notamment en ce qui concerne les courts métrages.

Dans le futur, le festival pourrait-il devenir un lieu de rencontres et d’échanges pour les jeunes réalisateurs chinois et français ?

Si un jour on y arrive ce se serait vraiment fabuleux. (rires) Mais si on arrive déjà à faire ce festival sur plusieurs soirées ce serait déjà très bien. Pour l’instant on est une 1ère édition, on reste humble, mais à terme pourquoi pas. Il ne faut surtout pas perdre de vue qu’on souhaite que cet évènement reste grand public, familial et gratuit, pour nous c’est le le plus important. Faire découvrir des jeunes talents, oui, d’autant que c’est vraiment dans la lignée de ce que nous souhaitons faire, mais attention à ne pas tomber dans le cinéma de niche. On pourrait le faire en deux temps. Une soirée grand public et un format plus réduit axé sur des rencontres avec de jeunes réalisateurs, tout en ayant nos contraintes de distribution en tête. Nous souhaitons donc progresser, mais pas à pas.

Ce genre d’initiatives « un court métrage + un classique » pourrait-elle se poursuivre tout au long de l’année, lors d’occasions particulières ?

C’est quelque chose qu’on aimerait mettre en place. Il faut savoir qu’à Lyon, le cinéma les Alizés se charge d’évènements similaires. On pourrait se rapprocher d’eux via des projections communes, tout en respectant leur programmation, et en gardant notre identité via les projections en plein air. Créer plus d’intérêt, et donc plus d’évènements autour de la culture chinoise reste notre principale volonté.

Y a-t-il un classique qui vous tient particulièrement à cœur de diffuser ?

J’aime beaucoup Jia Zhangke, notamment Au delà des montagnes très différent de ce qu’il a fait auparavant. Après je n’ai pas de films particuliers à proposer. On est à la recherche de films qui n’ont pas atteint le marché français, des petites pépites qui auraient du mal à être exportées en dehors de la Chine. C’est dans cette optique là que nous travaillons, voir ce qui existe à travers des boites de productions moins grandes, tout en surfant sur les réalisateurs en vue notamment Qiu Yang qui a obtenu la palme d’or du court métrage à Cannes cette année. Tout est intéressant.

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