Crouching Tiger, Hidden Dragon: Sword of Destiny – Critique

Critiques Films
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Il y a 18 ans, Tigre et Dragon d’Ang Lee, lauréat de 4 oscars, permettait à un large public de découvrir un genre extrêmement populaire en Chine depuis des décennies : le wu xia pian. Ses combats au sabre, sa mythologie, ses héros volants et sa poésie si singulière. Au terme d’un développement compliqué débarquait sa suite Crouching Tiger, Hidden Dragon: Sword of Destiny, produite par Netflix et mise en scène par Yuen Woo-ping, action director sur le premier film qui prouve tristement après True Legend qu’il n’a plus vraiment le feu sacré au poste de metteur en scène.

Immense réalisateur pour certaines des plus belles séquences de combat du cinéma contemporain (Il était une fois en Chine 2, Matrix, Kill Bill, Crazy Kung Fu, The Grandmaster, Fist of Legend…), Yuen Woo-ping peut également être fier d’une belle carrière de réalisateur tout court, avec des films tels que Le Maître chinois, Tai Chi Master, Wing Chun ou l’incroyable Iron Monkey. Il pouvait donc y avoir un certain espoir à nourrir en le voyant aux manettes de Crouching Tiger, Hidden Dragon: Sword of Destiny, suite très tardive du très beau Tigre et Dragon, aka LE wu xia pian d’ouverture à l’Occident. Malheureusement, s’il reste un maître incontesté pour créer et filmer des chorégraphies martiales hors du commun, le film semble lui avoir échappé. Comme si se confrontait la volonté de livrer une petite série B sans grande prétention, avec des combats inventifs, et celle de retrouver la forme de poésie du premier film, propre à Ang Lee.

En résulte un ensemble assez déséquilibré. Notamment à cause du script signé John Fusco, grand amateur de cinéma asiatique comme en témoigne son scénario pour Le Royaume interdit, et habitué des productions Netflix avec la série Marco Polo. Un script à la peine autant au niveau du récit en lui-même que des personnages et leurs interactions. Le récit manque clairement d’envergure, avec une intrigue aux enjeux plus que limités et ramassée. Mais un manque de rigueur également dans la gestion du temps et de l’espace, avec des personnages qui peuvent aller et venir sans véritable logique. L’écriture n’est pas la seule à être mise en cause, le montage participant également à la faiblesse de l’ensemble et à un manque à peu près total d’implication du spectateur. Le pire restant la gestion des personnages, point d’ancrage émotionnel du spectateur. Ainsi, si Donnie Yen et Michelle Yeoh sont formidables, de par leur charisme naturel, leur relation si forte sur le papier, si complexe et touchante, ne prend pas à l’écran. L’alchimie ne se fait pas. De la même façon, impossible de réellement s’attacher aux seconds rôles, dont la mort ne provoque donc rien d’autre qu’un désintérêt poli. Crouching Tiger, Hidden Dragon: Sword of Destiny passe à côté d’éléments essentiels, car sans émotion et sans une certaine complexité dans l’intrigue ou les relations entre les personnages, c’est la rythmique lancinante de la chose qui devient également un handicap majeur. Un rythme posé c’est bien, sauf quand il ne se passe pas grand chose. D’autant plus que malgré sa courte durée le film souffre de répétitions inutiles, à l’image des flashbacks avec l’ombre de Chow Yun-fat.

Il faut donc se raccrocher au peu d’action que contient le film pour en avoir pour son argent. Même s’il ne va pas falloir trop en attendre. Si les séquences sont parfois étrangement montées, il faut bien avouer que les chorégraphies créées par Yuen Woo-ping assurent le spectacle. Se citant parfois lui-même (Donnie Yen corrigeant plusieurs assaillants en restant assis sur sa chaise reprend directement une séquence similaire où Michelle Yeoh en faisait de même dans Wing Chun), il assure avec ses combattants virevoltant au sol, et dont il sublime parfois la qualité d’exécution au moyen de plans en plongée à 90°. Malheureusement, le recours massif aux câbles et aux trucages numériques gâche parfois la fête. Si les câbles peuvent passer pour le public habitué à ce type de trucage, la qualité des CGI, conséquence d’un budget limité, s’avère franchement problématique avec quelques séquences qui semblent provenir d’une période pré-Matrix. De quoi limiter encore un peu l’identification du spectateur et son implication dans un récit qui manque de portes d’entrée.

Une sensation un brin gênante accentuée encore par certaines scènes ou certains éléments de l’intrigue qui revisitent des éléments du premier film, sans raison. On pourra toutefois se consoler avec la qualité et l’inventivité de quelques séquences. Notamment un affrontement mémorable sur un lac gelé, permettant à Yuen Woo-ping de livrer des mouvements à peu près jamais vus, ou une très belle séquence, bien que trop brève, de combat dans l’obscurité. Une séquence qui met en scène le personnage d’enchanteresse aveugle interprétée par Eugenia Yuan, bel exemple de personnage pas très bien écrit et complètement sous-exploité. Il manque également à Crouching Tiger, Hidden Dragon: Sword of Destiny un bad guy digne de ce nom, malgré la performance tout à fait louable de Jason Scott Lee, impressionnant mais terriblement en retrait, et dont la présence est également sus-exploitée. Cruelle déception donc que ce film qui n’aurait finalement jamais dû voir le jour. Avec son intrigue vaguement calquée sur celle de Seven Swords, et donc inspirée des 7 samouraïs, en mode mineur et sans véritables enjeux dramatiques. En plus de ses dialogues insipides voire embarrassants, le tout en anglais dans un dispositif purement commercial. Ne restent que des éléments épars au niveau des réjouissances, avec en tête ce plaisir un brin nostalgique de retrouver Donnie Yen et Michelle Yeoh sous la direction du maître Yuen Woo-ping. Mais cette réunion de talents ne suffit pas à bâtir quelque chose de solide et Crouching Tiger, Hidden Dragon: Sword of Destiny ressemble avant tout à un vrai gâchis, une série B un peu cheapos vite oubliée, faite sans passion ni volonté d’ampleur quelconque.

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