Bright – Critique

Critiques Films

Avec plus de 11 millions de spectateurs en trois jours et l’officialisation d’une suite, Bright est un nouveau succès pour Netflix. L’occasion de constater avec effroi que David Ayer continue d’œuvrer à contresens d’un cinéma fait avec un minimum de soin et d’honnêteté.

En 2015 Max Landis vend son scénario de Bright qu’il décrit comme son « Star Wars » dédié à J.R.R. Tolkien et David Ayer pour 3,5 millions de dollars à Netflix. David Ayer hérite naturellement de la réalisation et en profite pour réécrire le scénario au grand dam de Landis qui gardera néanmoins un statut de producteur exécutif. Le réalisateur renoue avec ses fidèles collaborateurs, notamment le chef opérateur Roman Vasyanov, le compositeur David Sardy et les monteurs Michael Tronick et Aaron Bock. Tandis que le chef décorateur Andrew Menzies et la costumière Kelli Jones tous deux issus de Power Rangers, complètent l’équipe aux côtés des maquilleurs Alec Gillis, Tom Woodruff Jr.(les franchises Alien et Predator), Mike Elizalde, fidèle collaborateur de Guillermo del Toro, et du superviseur des effets visuels Gregory L. McMurry (The Amazing Spider-Man: Le destin d’un héros). David Ayer profite de son nouveau long métrage pour retrouver les comédiens Will Smith, Jay Hernandez et Ike Barinholtz avec lesquels il a déjà collaboré sur Suicide Squad. Tandis que Joel Edgerton, Noomi Rapace, Edgar Ramírez et Lucy Fry complètent la distribution. Le tournage prend place à Los Angeles entre novembre 2016 et février 2017, le tout pour un budget de 90 millions de dollars, soit le plus gros budget alloué par le producteur Ted Sarandos et Netflix qui souhaitent faire de Bright une future franchise.

Le nouveau long métrage de David Ayer s’apparente à une relecture Héroïc Fantasy du méconnu Futur immédiat, Los Angeles 1991 de Graham Baker, dans lequel un flic interprété par James Caan faisait équipe avec un extraterrestre. Ce qui frappe dès les premières minutes de Bright est l’absence totale de crédibilité de l’univers dépeint. Le film se satisfait de son postulat, sans jamais l’extrapoler narrativement et visuellement. Aucun préambule, dialogue ou scène ne viendra expliquer l’histoire commune des humains avec un bestiaire fantasmagorique. Alors que l’évolution commune de ces deux univers aurait pu donner lieu à une direction artistique baroque bourrée d’imagination, le film se contente de montrer un Los Angeles on ne peut plus banal. Le décorum Héroic Fantasy n’est jamais exploité, donnant lieu à un univers incohérent où les Elfes se contentent de tirer à la mitrailleuse en faisant des saltos arrière, et où les Orcs sont des parias fans de Death Metal. Les fées sont dépeintes comme de simples insectes à abattre, tandis qu’un dragon, présent brièvement en arrière plan lors d’une vue d’ensemble sur Los Angeles, n’aura aucune utilité autre que décorative. Max Landis, qui confirme que le sympathique Chronicle n’était qu’un accident de parcours, et David Ayer, se contrefichent de la vraisemblance de l’univers dépeint. On pourrait remplacer les créatures par des gangsters que l’histoire ne changerait absolument pas. À l’instar d’End of Watch, le premier acte de Bright suit le quotidien d’un duo de policiers. L’un humain campé par Will Smith, l’autre Orc interprété par Joel Edgerton, avant qu’un élément déclencheur lié à des flics corrompus, et reposant sur une succession d’incohérences qu’il serait trop long d’énumérer, pousse le duo à escorter l’elfe Tika (Lucy Fry) à travers différents districts. Et ce malgré la menace des gangs et des elfes cherchant à récupérer cette dernière et sa baguette magique.

Will Smith and Joel Edgerton in the Netflix original film BRIGHT. Directed by David Ayer

Lorgnant du côté des cultissimes L’épreuve de force et Les guerriers de la nuit, ce périple nocturne démontre à nouveau l’incapacité d’Ayer à livrer un spectacle anti conformiste doté d’anti héros charismatiques. Le cinéaste, visiblement persuadé en interview d’être le digne héritier de Sam Peckinpah, livre un spectacle atterrant de nullité où la moindre répartie entre les personnages donne lieu à un humour méta allant jusqu’à citer une célèbre punchline de Rambo 3, comme si cela suffisait à mettre le spectateur dans sa poche. La démarche cynique et faussement « cool » de l’ensemble, doublée d’incohérences plus grossières et stupides les unes que les autres, font de Bright un véritable nanar où le rire involontaire est omniprésent. Cependant c’est un rire doublé d’un certain malaise qui finit par prendre le dessus. À l’instar de son Suicide Squad, David Ayer aligne les clichés xénophobes à l’encontre des communautés mexicaines et asiatiques, allant jusqu’à faire de Bright une allégorie sans aucun recul et bas du plafond de la lutte des classes. Involontairement le propos politique de Bright pourrait se résumer grossièrement à « l’héroic fantasy par Alain Soral ». Les Elfes issus des castes aisées et dirigeant en sous main les autorités, sont présentés comme foncièrement mauvais. Tandis que les Orcs et gangsters, uniquement caractérisés sous l’angle beauf, sont présentés comme l’unique rempart face à la corruption. Non content de cracher à la figure du genre et de son pendant urbain, le réalisateur en profite pour délivrer sans aucune retenue sa vision du monde plus misogyne et vulgaire que jamais, mais aussi hilarante par la naïveté et la prétention qui s’en dégagent. La laideur de la direction artistique et photographique, ainsi que des maquillages, ne font qu’appuyer ce constat, donnant l’impression d’une œuvre cheap. À noter que pour 7 millions de plus James Mangold faisait Logan pour la Fox, tandis que pour 40 millions de moins Bong Joon Ho livrait Okja pour le même Netflix. À méditer.

Catastrophe artistique d’un cynisme effarant et particulièrement nauséabond dans son propos au point d’en devenir hilarant, Bright est une nouvelle preuve de l’incompétence de David Ayer. Un véritable tâcheron qui ne mérite vraiment pas qu’on lui accorde autant de crédit. On ne saurait trop recommander aux amateurs d’Héroic Fantasy urbaine de se tourner d’avantage vers les œuvres de Neil Gaiman, quant à ceux qui cherche une œuvre plus riche et complexe sur le sujet de la lutte des classes, le Snowpiercer de Bong Joon Ho s’avère indispensable.

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